Lentement, comme une marée qui se retire et révèle les épaves figées dans la vase, vous voyez la mémoire revenir au chevalier Selmy. Il vous explique, les yeux brumeux, être déjà venu ici… ou dans un village similaire. C’était au commencement de ses années de services pour l’Empire, et sa première expédition dans le Thrisme. Il avait voyagé pendant des jours à dos de cheval, au sein d’une compagnie de guerriers chevronnés, et guidés à travers la forêt dense par un coureur des bois, un de ces voyageurs respectés par toutes les communautés car il maintient ouvert les sentiers et garde ainsi vivant le lien entre les villages isolés. L’expérience avait été traumatisante. Le coureur des bois s’était blessé gravement, et il restait une journée de marche pour atteindre le prochain village, il perdait beaucoup de sang et risquait de mourir. Les soldats avaient donc entrepris de couper quelques branches des arbres proches pour fabriquer un brancard. A la vue des premières entailles faites dans les branches, le guide avait hurlé. Non de douleur, mais de peur ! Il avait supplié d’épargner la plante, et menacé de se planter lui-même un poignard dans le coeur s’ils poursuivaient… Selmy et ses compagnons avaient donc laissé le pauvre homme agoniser, et erré seul dans les bois, conscients d’une présence hostile autour d’eux. Ils avaient fini par trouver la clairière et ses pierres rituelles dressées, et l’annonce de la mort de cet homme en dehors du cercle de pierre avait provoqué un grand émoi : son âme allait errer de par le monde ! Selmy resta dans la clairière quelques temps, et fut témoin du grand Jour du battement : le jour ou tout le village sort en procession à travers les bois, martelant des tambours et exhibant les reliques en argent des ancêtres (il est connu que l’argent brille de mille feux de l’Autre côté du Voile et attire les esprits des morts). On ne retrouva jamais le corps du coureur des bois, mais le village semblait serein à l’idée que son âme avait rejoint les autres à l’intérieur du cercle de pierres dressées qui protège la communauté.
Selmy se tourna vers vous avec un rictus ironique et finit son récit ainsi : « rassurez vous compagnons, car ici… les esprits des morts nous environnent ! » Il se redressa ensuite pour se diriger d’un pas assuré vers le grand Hall.
A l’intérieur de cette vaste salle communautaire, vous distinguez de nombreux braseros, illuminant de lueurs rougeatres des peaux de chèvre disséminées en cercle et accueillant les ouvrages des membres de la communauté. Au centre, un grand chaudron trône dans une excavation creusée dans le sol de terre battue. Dans le fond de la salle se trouve une alcove dont l’entrée est décorée de motifs en bas relief propres aux Grinvolts. Et devant cette alcôve, courbée sur son ouvrage (un épais tapis en crin de chèvre) est assise une vieille dame frêle et à la jambe tremblante. Elle vous accueille dans la langue des voyageurs, un brin d’inquiétude dans la voix. « Bienvenue à Ottlecop, voyageurs ! Laissez vos armes et vos mauvaises pensées à l’entrée et rejoignez moi dans l’espace sacré du Hall ! Le jour du Battement se termine et tous ceux qui erraient sont destinés à trouver un foyer cette nuit. Bienvenue ! »
Dehors, les sons de percussion se font plus forts, et la nuit est complètement tombée.
RAPSODY, tu vois que Selmy est encore plongé dans les affres du passé, il est peu en état de faire la conversation. Comment présentes-tu votre groupe sous son meilleur jour ?

@rapsody !