Si la musique apaise les esprits et motive les troupes, elle semble aussi avoir un effet bénéfique sur la météo. La tempête s’est éloignée, la pluie s’est arrêtée peu à peu. Il ne manque pas grand-chose pour que le soleil perce les nuages.
Au milieu de la barque, je somnole, je rêve… Ou… Sont-ce des souvenirs ? Je suis déjà passé par ici, il y a bien longtemps. Les forêts de part et d’autre étaient moins denses mais les odeurs demeurent les mêmes. Ces tambours, … oui, je connais ce rythme, je connais ce peuple… J’ai connu ce peuple. Mais pourquoi ai-je l’impression qu’une chose m’échappe ? Est-ce la fièvre qui brouille mon esprit ? Pourquoi mon passé semble si flou ? Pourquoi ai-je la sensation d’oublier une chose importante ?
Ai-je les yeux fermés ? J’ai pourtant l’impression de voir défiler le paysage. Des arbres tous identiques, un saule, un autre saule, encore un saule, … Si je compte les saules, vais-je me réveiller ? Un saule, deux saules, trois saules, quatre saules, cinq saules, un gommier des rivières, six saules, … Quoi ! Le gommier rouge !
Je me relève d’un bon, et manque de faire chavirer notre embarcation. Vite, à droite ! Quittez le lit principal ! Je ramasse le bâton près duquel j’étais couché pour aider mes amis à contourner l’amas pierreux invisible pour qui n’en a pas connaissance. Vite, nous allons accrocher la coque.
Même si mes compagnons me prennent pour un fou, ils s’affairent à rejoindre la rive gauche de la rivière. Un bruit désagréable sous nos pieds nous fait craindre le pire, mais nous continuons de progresser à tribord. Ouf !
Je m’effondre à nouveau.
Galgor, ne me regarde pas comme ça ! D’ailleurs, je ne vois plus ton visage, mes rêves éveillés emplissent à nouveau mon esprit. Ai-je rêvé ce qui vient de se passer ? Le gommier rouge existe-t-il encore aujourd’hui ?
