Compagnons de navigation, les aléas du large, la houle et les embruns nous ont peu laissé l’occasion de faire connaissance pendant cette traversée !

Je suis Ladro.

Certains me qualifient de petit, mais seulement par la taille. Pas par l’ambition. Et comme chacun sait le rappeler lorsqu’il en ressent le besoin, ce n’est pas la taille qui compte.
Je ne suis pas né de la dernière pluie. Ni de celle de la semaine d’avant. J’ai l’expérience du voyage et de l’aventure, on ne m’en conte pas facilement.

Ce qui me meut : une inextinguible soif d’or, de gemmes, de diamants (rien à voir avec Klapisch).
Ce qui m’émeut : des trésors anciens, des pièces uniques, oubliées, mythiques.
De l’or, oui, mais pas un tas de piécettes volées au premier marchand qui passe ; ça, ça m’émeut peu…
… mais je prends quand même si l’occasion se présente ! Faut bien nourrir son homme. Son semi-homme. Enfin, faut bien manger quoi.

Un magicien de passage dans le village de mes vertes années, il y a bien longtemps, m’a prédit qu’un jour, un peuple réputé pour son art kleptomaniaque parlerait une langue dans laquelle mon prénom signifierait « Voleur ».
C’est depuis ce jour que je n’ai plus fait usage de mon patronyme, mais seulement de mon prénom, puisque c’est lui que la postérité retiendra.
C’est aussi ce jour que j’ai commis mon premier larcin : pour ne pas faire mentir cet honorable vieillard, je lui ai volé son journal, rendant ainsi hommage à sa prédiction. Où peut-être était-ce l’inverse, la prédiction aurait eu pour cause le vol ? Mais qu’importe, après toutes ces années.

Aujourd’hui plus habile au larcin qu’à la diplomatie, lorsque je suis en société je peine à forger des alliances (pas celles qu’on porte au doigt, celles-là tombent naturellement dans ma poche).
En dehors de quelques solides compagnons d’aventure envers qui je sais rester droit et fidèle (je n’ai pas dit honnête, n’exagérons pas), comptez sur d’autres que moi s’il faut trouver des accords avec d’autres groupes.
Mais attention, je ne suis pas complètement asocial non plus : pour trouver de la nourriture ou tous autres bien matériels, je sais toujours le moyen de négocier le nécessaire à bon prix.

Et s’il s’agit de soutirer des informations, je suis imbattable : plus elles sont secrètes, plus vous pouvez compter sur moi pour ne rien lâcher jusqu’à ce que je connaisse le fin mot de l’histoire.
Je ne renonce jamais, pas plus à un secret qu’à un trésor, ni à quoi que ce soit d’autre une fois que c’est entré dans ma petite mais dure caboche.

Au fil de mes aventures, je me suis familiarisé avec tous les outils qui peuvent s’avérer utiles, avec toutes les montures qui peuvent se monter. J’ai même voyagé à dos d’orc un jour. Enfin, jeté en vrac sur son épaule plus précisément. Mais ça, c’était contre mon gré. Et si l’orc et un de ses congénères ne s’étaient entretués sur le chemin pour déterminer lequel allait me dévorer, je ne serais sans doute pas là pour le raconter.

Je porte toujours une lanterne dans mon barda, car l’expérience m’a montré qu’on trouve davantage de trésors enfouis lorsqu’une lumière révèle leur éclat, que dans l’obscurité la plus profonde.
Je porte toujours une arme fiable à portée de main, car l’expérience m’a aussi montré que trouver un trésor ne servait à rien si on n’était pas en mesure de faire comprendre au premier venu à qui il appartenait. Faut savoir expliquer qu’il ne faut pas toucher au grisbi, et pour un hobbit, c’est plus facile avec une arbalète pointée sur un cœur ou une dague appuyée contre une jugulaire.
La carrure pour bomber le torse (du moins efficacement) ne m’a pas plus été donnée que la voix mâle qui impressionne : l’intimidation à mains nues, ce n’est pas mon point fort, pas plus que la diplomatie.
Je porte également toujours un journal sur moi. Je ne sais pas bien pourquoi. Peut-être parce que c’était mon premier vol. Je l’avais pris pour le carnet de voyages du magicien et je ne doutais pas qu’il était rempli de sorts utiles, de formules magiques et de cartes aux trésors. Las. Il était quasi neuf. Il l’est toujours, depuis 30 ans que je le traîne partout. Seul un mot lisible avait été tracé sur la première page par le vieux sage : « Thirismus ». 30 ans que je relis presque chaque jour ce mot en m’interrogeant sur le sens et les pouvoirs des glyphes et arabesques qui l’habillent…

J’ai tant traîné mes guêtres (oui, j’en arbore fièrement une belle paire auxquelles nulle chaussure ni chaussette ne vient disputer l’éclat) à travers plaines, forêts et montagnes que la nature n’a plus de secrets pour moi.
Et vu la fascination que je voue au Thrisme depuis 30 ans, je n’ai manqué aucune occasion de soutirer des informations à son propos. Pas une rencontre que je n’aie sondée sur le sujet. Tout ce qui peut être su et connu sur la géographie du Thrisme ou sur les peuples du continent maudit, je le sais et le connais.

Nul besoin de conter mes exploits Rapsody, il est déjà écrit que la postérité les retiendra ! Mais si ça peut te faire plaisir, vas-y, je prends 75% sur les droits.

Pas assez de rames pour tous.
Tenter de chercher le fond pour pousser la barque avec un bâton ?
L’analyse des masses comparées de la barque chargée de 4 aventuriers full-paquetage d’un côté, de ma carrure de Hobbit de l’autre, m’amènent à une conclusion simple : ce n’est pas la barque qui avancera mieux sous ma poussée. C’est moi-même qui vais rester planter sur ma perche au milieu de l’onde déchaînée.
Très peu pour moi. Mais que faire ? Rien à voler sur cette barque. La galère…
Pourquoi pas essayer de me rendre utile alors.

Je saisis ma dague d’une main, une perche de l’autre, et commence à en tailler consciencieusement le bout. Une pointe effilée à laquelle nulle écaille ne résistera. Une série d’encoches de part et d’autre de la circonférence, pointant vers le côté du bâton opposé à la pointe : aucune proie transpercée ne pourra s’en dégager.

Me voilà prêt pour mener à bien la seconde tâche dont je m’acquitte le mieux après la recherche de trésors : quérir la pitance.
Fermement accroché à la massive pièce de bois de la proue, pointant mon harpon improvisé vers l’obscurité, je scrute à la lueur des éclairs les nageoires et tentacules des êtres que je devine sous les flots. Voyons… ni trop petit pour inspirer un début de respect pour mes talents auprès de mes nouveaux compagnons… ni trop gros pour éviter que ce soit la proie qui m’emporte, ce qui ruinerait encore plus sûrement à ma crédibilité…

C’est à ce moment de ma réflexion que mes yeux se posent sur une masse sombre sur laquelle nous gagnons du terrain -enfin, terrain, façon de parler. Le flottement de la bête ne semble animé ni par des nageoires, ni par des mouvements animaux, mais seulement par les vagues. Nous approchons davantage, la forme se précise : un coffre !

Ma vocation m’a rattrapé : je compte pêcher, et je chasse un trésor ! Mon harpon improvisé me sert finalement de gaffe pour rapprocher le coffre du bateau. De plus près, je discerne une poignée dans laquelle je parviens à enfiler la pointe du bâton. Les encoches font leur effet, le poisson est ferré ! Une fois ma proie sécurisée, je jette un regard à mes compagnons, espérant que leur lutte contre les flots aura détourné leur attention de ma trouvaille, que je pourrai arraisonner en toute discrétion… Hélas, si Selmy et Rapsody sont concentrés sur les éléments déchaînés (l’un pour la navigation, l’autre en vue de sa prochaine ballade), Galgor, lui, ne me quitte pas des yeux alors que je hisse mon précieux fardeau à bord.

Précieux ? J’en suis intimement convaincu dès que je pose la main dessus : une facture de cette qualité, des ferrures aussi solides, un bois aussi massif… ce n’est pas pour quelque futilité sans valeur qu’il a été muni d’une serrure aussi imposante.

Galgor s’approche sans perdre un instant.

Presque rassuré par le fait que Galgor ne soit pas en mesure d’ouvrir le coffre pour le moment, je ne le quitte pourtant pas des yeux ou presque alors que je reprends ma position à la proue avec mon harpon. Je ramène une bonne demi-douzaine de ces poissons d’allure copieuse qui, affolés par les grosses vagues ou fascinés par la lueur des éclairs, passent et repassent par dizaines aux abords de notre barque.

Toxiques mes poissons ? Non, je suis bien persuadé d’avoir identifié des frombles de vase. Un routard de la nature comme moi ne se laisserait jamais aller à le confondre avec son cousin toxique le fromble des roseaux. La teinte des pics terminant les segments de la nageoire dorsale sont sans ambiguïté pour qui connaît ce détail.

Ceci dit, je me sens plus au fond du trou qu’au sommet de ma forme. J’ai dû passer trop longtemps face aux embruns, à la proue, pour nourrir mes compagnons. Vu la reconnaissance témoignée au moins par l’un d’eux, en valait-ce vraiment la peine ? Allongé au fond de la barque, j’entends les marmonnements mécontents du poète qui comptait conter comptines et qui au lieu de ça a retrouvé la raison et sa rame, et rythme véhémentement son mécontentement des talons sur le fond de la barque.

Puis ils s’estompent, je ne les entends plus, je somnole, le roulis de l’esquif m’entraîne dans un semi éveil qui prélude au sommeil. Les branches des arbres de la rive que j’entraperçois entre mes paupières entrouvertes dessinent des arabesques semblables à celles de la première page du carnet. Mon carnet. LE carnet. Ne manque que le mot « Thirismus » au cœur des courbes que m’offrent les frondaisons. Mais je sombre dans un profond sommeil, que j’espère réparateur, sans l’avoir vu apparaître.

Ces impressions nées pendant mon demi-sommeil restent très présentes à mon esprit bien après le réveil brutal occasionné par la transe de Selmy. Je décide de prendre le temps dès que possible de regarder mon carnet avec un œil nouveau – et allongé sous les arbres du Thrisme: Peut-être la vision à peine esquissée reviendra-t-elle se dessiner plus nettement?

Galgor interrompt le cours de mes pensées pour attirer mon attention sur la litanie rythmique qui s’élève des bois bavards. Je crois soudain reconnaître une cadence qui m’a été décrite par un étrange voyageur il y a bien longtemps. Belbork l’Esotérique. Le phénomène célébré par les Grinvolts sur ces battements frénétiques m’avait paru si peu crédible à l’époque. Et leur narrateur si fou à lier. Etre capable d’inventer de telles choses.

Pourtant, divers éléments épars se renvoient des échos dans mon esprit, des pièces de puzzle semblent s’assembler.

La nuit tombée si vite hier, après une journée si courte. En plein mois de Solny, qui devrait voir les jours les plus longs, l’apogée du soleil. Un équinoxe d’été?

La boussole qui m’indiquait un nord, l’ombre du mât à midi qui en désignait un autre sur le navire peu avant notre débarquement.

Les éléments déchaînés, conséquence du désordre des repères.

Cette île apparue où là carte n’en indique pas, une incohérence géographique? Non, une erreur de lecture cartographique. Et pour cause!

Ce ne peut être que ça!! L’inversion des pôles. Ce phénomène rarissime qui ne se produit, d’après ce que je pris naguère pour une légende, que toutes les 259 générations.

Le septentrion lunaire est en train de se substituer au nord polaire. Le sud passe à l’ouest.
Nous voici condamnés jusqu’à la fin de l’aventure à pivoter nos cartes, à attraper des torticolis pour lire les noms des villes et contrées. Quel handicap pour notre quête.

« NON », hurlé-je alors en réponse à la question de Galgor, « nous ne pouvons pénétrer dans la forêt maintenant, nous nous perdrions à coup sûr. Poursuivons sur la rivière, c’est le seul point de repère à peu près fiable pour l’instant. Prions pour que Mapce n’ait pas quitté Ottlecop, peut-être pourra-t-il nous aider. »

S’ensuivent des explications qui provoquent sur le visage de Galgor la même perplexité que celle avec laquelle j’avais accueilli les propos de Belbork il y a des années. Comme sur celui de Rapsody qui l’a rejoint à mes côtés, car à ramer seul il tournait en rond.

Saisissant la requête non exprimée de Rapsody, je surveille les environs pendant qu’il prend langue avec les locaux. Chacun sa spécialité, moi le guet, lui la diplomatie.
Rien à signaler. Quelques habitants apparaissent, puis d’autres, sans que ça devienne la foule compacte pour autant. Aucune animosité apparente.

Je dévisage chacun avec attention, cherchant à reconnaître Mapce le Cartographmancien. Vit-il toujours dans ces contrées ?

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