Je feuillette et tourne et compulse et tourne encore les pages de mon carnet. Certains feuillets sont couverts d’inscriptions, de plans, de symboles, de croquis. Mais pas les mêmes pages que dans la case de Mapce, là où les premières inscriptions me sont apparues. Nom d’un artefact oublié, pourquoi n’ai-je pas pris le temps de les recopier tant qu’elles étaient lisibles ? Euhhh… en y réfléchissant bien, sans doute parce que j’étais assez pressé de ne pas m’éterniser sur les lieux d’un emprunt non conventionné. Mais tout de même, quel dommage.

Et moi qui ai cru toutes ces années que seule la première page était utile… D’ailleurs cette première page… mais j’y reviendrai en temps opportun, là n’est pas l’urgence. Je sens que mes camarades attendent beaucoup de moi.
Moi qui ai cru tout ce temps que les autres folios étaient vierges. A ce propos, heureusement que c’est à moi que ce livret à été confié. Ou plutôt, que c’est moi qui l’ai trouvé. Ou disons : heureusement que le destin voulut que ce fût à moi qu’il échût ! Imaginez qu’il fût tombé entre les mains d’un futile baladin qui l’eût couvert de mièvreries à l’eau de rose pour nous les servir à la sauce biniou au coin du feu de camp… quel gâchis !

Mais trève de subjonctifs. Je fais une halte et prends quelques instants pour expliquer à mes compagnons ce que j’ai commencé à comprendre chez Mapce. Qui sait, peut-être le passé de Selmy ou les couleurs locales de Meritahe leur permettront-ils de comprendre un point qui m’échappe. Peut-être l’esprit créatif de Rapsody lui ouvrira-t-il une lecture qui m’échappe, après tout, ses talents peuvent ne pas se limiter à souffler dans un pipeau. Et Galgor a évoqué un penchant pour la magie, peut-être nos sensibilités conjuguées nous ouvriront-elles davantage de sorts et d’enchantements. Trop de « peut-être », mettons les au parfum et voyons ce qui en ressort.

« Mes amis, j’ai découvert des choses étonnantes depuis ma « visite » à Mapce le Cartographmancien. La plus merveilleuse, c’est que chaque page si désespérément blanche de mon grimoire peut être lue, mais seulement sous la même lumière que celle sous laquelle elle a été écrite.
La lueur vert-orangeâtre de l’huile si particulière qui brûlait dans l’antre de Mapce m’a révélé quelques pages, ainsi que le fond de carte qui manquait à ma compréhension sous les glyphes de la première page – mais j’y reviendrais lorsque cela nous sera utile.
La lueur des torches réfléchie par le sable que nous foulons et les cristaux de la roche en révèle de nouvelles désormais. D’autres apparaîtront peut-être plus loin si la nature de la roche change, ou si une autre source de lumière apparaît?

Quoi qu’il en soit, j’ai pour l’instant identifié un bloc de 4 feuillets consécutifs parfaitement lisibles. »

Je savoure la stupéfaction et le profond intérêt suscités par mes paroles autant que par les pages que je livre à leur regard. Et pense en aparte qu’il va sérieusement falloir mettre en place un système d’index. Devoir feuilleter tout le carnet page par page à chaque changement d’ambiance, ça va vite devenir pénible.

@MJ: Est-ce que chacun décrit librement ce que nous lisons ? Soit, en gros: tous les pièges identifiés avec la fiche de désamorçage correspondante + les passages secrets avec leurs modes d’emplois + la position de tous les trésors anciens pour moi et de la dague légendaire de Galgor + quelques stalactites de cristal fin qui résonnent encore du dernier passage de la Castafiore pour Rapsody + un kit de désensibilisation aux pollens de gommier rouge pour Selmy + ses parents rajeunis de vingt ans pour Meritahe…
Ou est-ce qu’il est plus raisonnable d’attendre que tu lances les dés (ou autres rituels secrets de MJ) pour donner à chacun les éléments qu’il comprendra au sein de ce qu’il nous est donné de lire?

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Arrgh, nous devions déjà supporter le raffut du troubadour pendant les marches comme aux veillées, mais là, ce n’est pas parti pour se calmer si en plus il commence à se persuader que c’est utile !

En même temps, force m’est d’admettre en aparte que sur ce coup là, sa petite fourchette et son bout de cuir on produit leur petit effet… mais bon, ça, ça reste en mon for intérieur, pas question de l’admettre devant lui ou il n’y aura vraiment plus moyen de l’arrêter.

« Dites, mes amis, si vraiment ce tintamarre calme les créatures qui rodent, rampent ou volent dans ces cavernes, on devrait peut-être en profiter pour retourner voir dans le passage que nous avons laissé sur notre droite, cinquante pieds en arrière. D’après mon plan c’est une impasse, nous n’y perdrons pas trop de temps et elle m’a eu l’air trop bien gardée pour être complètement dénué d’intérêt, entre les mites, l’énorme scorpions et toutes les autres bestioles que nous n’avons peut-être pas même vues. Qu’en penses-tu Galgor, on ne va pas laisser des caches inexplorées derrière nous, si? »

J’ai besoin de quelques minutes de repos, je sens que c’est indispensable pour mettre fin au sort et recouvrer la matérialité de mon bras. Selmy, attendons quelques instants avant de suivre les autres.

Mais attendre ne signifie pas perdre son temps. Le vieux sage n’a pu laisser un plan si détaillé, et aucune information sur les dangers que recèlent ces lieux ! Il y a nécessairement sur ces feuillets une description de l’être, de l’homme, de la bête ou du monstre dont nous suivons les traces depuis que nous sommes entrés dans cette grotte… un moyen de l’éviter, de le vaincre ou de lui échapper… mais pourquoi ne puis-je lire ces informations ?

« Selmy, approche, la lumière de ma lanterne n’est peut-être pas celle qui peut révéler ce que je cherche. Peut-être est-ce à la lumière d’une torche comme la tienne que ce passage fut écrit ? Ces torchères dans la salle de méditation m’inclinent à le penser. »

Je ne sais si le vieillard peut lire mes pensées à l’instar de mes compagnons, mais ce dont je suis sûr, c’est qu’il m’entendra si je parle à voix haute. Je m’adresse donc aux autres sans prononcer un mot:

« Mes amis, vous avez perçu ce que j’ai vu: là en bas (je désigne la direction de la caverne 15), c’est peuplé de sales bêtes que la lumière attire. Sauf à descendre dans le noir, ce qui me tente encore moins, on est certains de faire des rencontres désagréables.
De plus, ça continue à descendre, je ne suis même pas sûr qu’on soit capables de remonter ce qu’on a déjà descendu jusque là. Donc avant d’y aller, il serait judicieux d’explorer d’abord ce côté
(je désigne l’enfilade des grottes 5 et 2) histoire de voir si ça nous ramène bien vers l’entrée, comme l’indique le plan de Mapce. Parce qu’un jour ou l’autre il faudra bien sortir d’ici, et ça me rassurerait de connaître au moins un chemin praticable.

Pour ce qui est de l’inconnu, il prétend être là depuis des jours, des mois, des années, il n’est plus à quelques heures près, laissons le ici pour l’instant. On avisera.
Dans mon expérience, quand un type enferme un autre type quelque part, c’est rarement deux gentils: soit c’est le méchant qui enferme le gentil parce qu’il est méchant, soit c’est le gentil qui enferme le méchant parce qu’il est méchant (dites moi si j’ai été trop vite et je reprends doucement…).
D’après tout ce que nous avons pu apprendre de Bethelan par les gens qui l’ont connu (notamment Zlabaya et Meritahe) et qui s’en souviennent (pas Selmy…), il serait plutôt à classer dans les gentils, à moins qu’il ait mal tourné récemment.
Donc c’est l’autre le méchant.
Binaire, simple, efficace.

On y va? »