Salut compagnons.

Je me nomme Rapsody, Sang de fée.

J’ai les yeux or noyés de longs cheveux blancs émergeants d’un chapeau orné de trois plumes : une rouge fraise, une bleu myosotis et une vert chartreuse. Je suis barde de mon état. J’ai été formé par ma mère qui m’a offert sa cornemuse (Uillean pipe) quand je me suis senti prêt à partir exercer mon art et apprendre de nouveaux chants et contes. Cette cornemuse se nomme Brînamyne et se trouve dans notre famille depuis maintes générations.

Je joue également du luth, de la flûte et du tambourin à l’occasion mais je n’ai emporté que Brînamyne et une flûte pour ce voyage.

J’ai accompagné un temps une bande d’aventuriers, contant leurs exploits dans les auberges et ai pu à leur contact apprendre à me défendre un peu avec cette épée courte.

A ma ceinture, effectivement se trouve un étui contenant Brînamyne.
Et mon carnet de notes et de chants.

Avis au futur cuisinier du groupe : je ne tue ni ne mange d’animaux…

Je vois que le voyage commence en excellente compagnie et que me viennent déjà les prémices d’une nouvelle ballade : Galgor et la quête de Sgian Dubh.

Et toi, Ladro, pourrai-je aussi conter tes exploits ?

Je suis d’accord pour essayer de sauver notre barque en remontant un peu l’embouchure de la Grinvolt.

Eh bien ! Il était temps. Ce n’est pas une tempête : c’est la grand-mère de toutes. L’obscurité est déchirée par une multitude d’éclairs et un mascaret gigantesque nous entraîne vers l’intérieur des terres. Un bateau plus grand aurait été mis en pièces mais nous chevauchons la vague avec bonheur. A cette allure, nous ne mettrons pas deux jours à rejoindre Ottlecop.

Et nous ne sommes pas seuls : des créatures semblent profiter de la vague pour remonter la Grinvolt : nous apercevons des nageoires, des ailerons, des tentacules fluorescents à la lueur de la foudre. D’autres choses inertes sont entrainées par la colère de la mer qui cherche à se débarrasser des épaves qu’elle recelait. Des espars, filets et cordages nous escortent. J’espère que le navire qui nous a déposé a réussi à s’éloigner à temps.

Ladro, tentant de pêcher, vient de réussir à crocher un coffre qui flottait non loin de notre barque.

Jour 2 : Après la tempête

Mais déjà le ciel blanchit, esprits de la mer, je vous remercie de nous avoir menés si loin. Les étoiles réapparaissent, une aube nouvelle point. Le mascaret s’est apaisé et nous n’avançons plus qu’à la force des bras puissants de Ser Selmy pendant que je l’encourage d’un petit air de flûte. Il est temps de faire une pause pour nous restaurer et nous sécher et justement voici une petite ile au milieu du courant où nous devrions pouvoir faire halte. Les deux ruffians vont pouvoir ouvrir le coffre et je doute qu’un coffre empli d’or ait flotté si loin. Allez Selmy, un dernier coup d’aviron et nous irons cueillir quelques fruits.

Puisque Selmy est fiévreux et a besoin de repos, il se couche au fond de la barque, les hobbits se mettent aux avirons et je sors Brînamyne pour les encourager. Et une fois de plus, la musique fait des miracles, elle les stimule, les exalte, les galvanise pour nous emmener vers l’amont. La musique est puissante dans ma famille…

Même Ladro oublie sa petite fièvre et se dépasse. Décidément les hobbits sont vraiment de surprenantes créatures.

C’est ainsi que nous voyons défiler les rives. La forêt s’avance dans l’eau, les racines émergent de l’onde. Sans barque, nous n’aurions pu longer la rivière. Les arbres sont couverts de lichens et de mousses. La vie sauvage grouille et à maintes reprises nous entendons des grognements, cris et rugissements qui n’augurent rien de bon pour des marcheurs. A un moment, nous entendons des tambours qui semblent tenter de s’accorder à ma cornemuse mais nous ne nous attardons pas ; il est urgent de rejoindre

Ottlecop pour guérir la fièvre de Selmy.

Bon, il semble que nous n’ayons guère le choix, Galgor et moi. Soit on balance les deux malades à la baille, j’ai entraperçu des bestioles dans l’eau qui n’en feraient qu’une bouchée, soit on se remet aux rames pour les amener à un soigneur à Ottlecop car les deux autres sont en plein délire et pourraient devenir dangereux.

Présentation dans le Hall.

Bien le bonsoir. Merci de nous accueillir dans votre demeure et veuillez nous excuser d’interrompre en quoi que ce soit une cérémonie. Voici Galgor, Ladro et Selmy qui est fiévreux, aussi si vous aviez quelqu’un pour lui concocter un remède, ce serait fort aimable. Quant à moi, je suis Rapsody. Mes compagnons d’infortune et moi sommes a priori les seuls survivants du naufrage du navire la Sémillante du capitaine Jorunn. Nous avons été drossés à la côte lors d’une gigantesque tempête et une vague nous a emmenés presque jusqu’ici par la rivière. (Tout en parlant, je m’avance doucement, m’assieds et sort Brînamyne et l’accorde avec discrétion, fruit d’une longue habitude, afin de ponctuer légèrement mes dires.) En échange de votre hospitalité, je vous instruirai des nouvelles du monde, je vous ferai rire en vous chantant les aventures de Cugel l’astucieux, trembler avec la saga de Kane le maudit, pleurer avec l’histoire de Beren et Luthien, vous enflammer avec la quête d’Elric, endormir les enfants par une douce berceuse et quand ils seront couchés, si vous avez une petite goutte de plantes distillées je vous narrerai les tribulations des sept filles du forgeron. Et je serai ravi d’apprendre vos contes et chansons afin de les faire voyager à leur tour.

En aparté, Galgor ou Ladro, surveillez quand-même mes arrières.

Ma première partie de soirée se passe dans la joie et la bonne humeur. Les enfants sont ravis de découvrir de nouvelles chansons et même les adultes s’y mettent et demandent à apprendre les refrains entrainants.

Puis, la gorge sèche et au désespoir de mon auditoire, je réclame une pause pour me désaltérer et fort heureusement un des habitants d’Ottlecop prend le relai et me permet de souffler et de prendre des notes sur leurs chants locaux.

Zlabaya la guérisseuse revient et nous rassure sur le sort de notre nouveau camarade Selmy qui revient, semble-t-il, sur ses voyages de jeunesse.

Et c’est à cet instant qu’elle me lance un regard pénétrant pour me parler de grottes cristallines accordant un pouvoir de fusion mentale. Serait-ce là la source des rares et légendaires roquebandes sillonnant le monde ? Je n’ai moi-même jamais assisté à un de leurs récitals mais mon grand-père m’a suffisamment rapporté dans les moindres détails l’osmose entre leurs membres et la communion entre la roquebande et son auditoire pour que ma vie à ce jour prenne un nouveau tournant. De nouvelles histoires, des chansons inédites et la promesse d’une roquebande. C’est décidé : je suivrai Ser Mylory dans sa quête du sorcier Bethelan.

Les hobbits Galgor et Ladro seront sans doute attirés, eux aussi, par la promesse de richesses cachées.

Et c’est avec une énergie renouvelée que je propose au public, maintenant uniquement adulte, d’apprendre une ou deux paillardes.

La traversée du maquis

Alors que Selmy et moi sommes encore à notre petit déjeuner de fruits et graines, écoutant Zlabaya nous présenter le pays, Ladro prend les devants, pressé de quitter nos hôtes et se rue dans le maquis dans la direction supposée de la grotte de Bethelan.

Puisque Meritahe a décidé de nous accompagner et qu’elle connait un tant soit peu le terrain , je l’envoie rattraper le hobbit qui commence à hurler de douleur prisonnier d’un roncier. Elle le dégage et prend la tête de notre groupe, nous expliquant quelles plantes éviter à tout prix.

Un petit air de flûte à Galgor pour le réveiller et nous voilà partis. Pas de petit déjeuner pour les lève-tard…

A vol d’oiseau ce n’est qu’à quelques lieues mais vu le terrain vallonné et raviné couvert d’une végétation impénétrable de yeuses, de clématites, de chèvrefeuilles, de fougères, ça va nous prendre au moins la journée en tours et détours. Au moins il fait beau et l’air est embaumé par les immortelles, le romarin et la lavande. Régulièrement nous faisons des petites pauses pour cueillir toutes les baies que nous reconnaissons et que Meritahe approuve.

Parfois un tronc d’arbre effondré nous ouvre un chemin au travers des broussailles, d’autres fois nous sommes contraints de faire demi-tour pour éviter un ravin empli de cytises épineux.

Mais la progression reste pénible à contourner toutes ces plantes qui semblent vouloir nous barrer le chemin. Meritahe et Selmy doivent même parfois porter les hobbits pour certains passages difficiles.

Quand soudain nous débouchons sur une large piste où toute la végétation a été écrasée et dévorée sur au moins trois toises. Meritahe nous propose de la suivre, car même si la piste ne va pas exactement dans notre direction, nous devrions gagner du temps et du confort. L’animal qui l’a tracée, est un Omû selon notre éclaireuse et nous sommes derrière lui, donc à l’abri à condition de ne pas le fâcher si nous le rattrapons. De plus, c’est un jeune selon Meritahé, subséquemment moins agressif et dangereux. Nous n’aurons pas le plaisir de le voir mais Meritahé nous le décrit comme un cloporte titanesque avec de nombreux yeux, bleus ou rouges selon son humeur.

Dans l’après-midi, nous quittons la piste pour obliquer vers le lac au pied des montagnes qui se sont bien rapprochées. Et le soir venu nous parvenons sur une plage du lac. Non loin une superbe cascade l’alimente.

Epuisés, fourbus, lacérés, nous nous jetons à l’eau pour nous détendre avant de chercher la grotte que je subodore être derrière la cascade.

« Galgor ! Quand mange-t-on ? « 

« Meritahé Tu reconnais les lieux ? »

Pendant le bref silence suivant l’acte héroïque de Selmy, je perçois une pulsation irrésistible dont j’entreprends de découvrir la source. Aussitôt je pars dans les couloirs, évite les mites, le scolopendre et arrive dans une grande salle dont le centre est occupé par un monticule de roches et de sable. A son sommet une dalle.

J’entame précautionneusement l’ascension et découvre en haut un tabouret de bois vermoulu et ce qui semble être de prime abord une mallette en cuir. Mais non, c’est organique mais pas du cuir. Noir et des reflets verts, lisse, brillant et très solide : de la chitine ! Le couvercle de l’étui est orné de sept runes associées à sept petits emplacements en creux de différentes formes. Un mécanisme discret permet de l’ouvrir et je découvre sur un velours carmin, sept diapasons de longueur croissante rangés en éventail. Chacun des éventails présente à son extrémité une pierre : diamant, émeraude, rubis, saphir, onyx, opale et ambre. Chaque pierre a un nombre de facettes différent : cinq, six, sept, huit, dix, douze et vingt et ces pierres correspondent sans surprise aux emplacements du couvercle.

Chance ou intuition, je prends le diapason à l’onyx, referme l’étui et place la pierre dans sa cavité idoine. D’une pichenette je déclenche la note qui se répand dans le réseau de grottes ; oui ! l’étui sert de résonateur.

En quelques instants, les mites se calment et se reposent, le scolopendre se roule en boule et même mes comparses se sentent apaisés. Je prends note: l’onyx a un effet sur les animaux. Ladro en profite pour se ressaisir et reprends contrôle de son bras. Je pourrais suivre la note avec ma flûte ou Brînamyne mais ce ne serait pas prudent pour l’instant, je n’en sais pas assez.

J’ai hâte de pouvoir tester les autres diapasons dans d’autres circonstances et d’autres lieux. Du cri de terreur d’une mère au hurlement de la tempête, en passant par le vent dans les arbres, un cours d’eau jouant sur des cailloux, le chant d’un oiseau, tous les sons sont la musique du monde qui nous entoure et ces diapasons en sont les clés.

Ben quoi ? Pourquoi vous me regardez comme ça ? Vous doutiez encore du pouvoir de la musique ? Dorénavant tous les soirs, pour ceux qui le veulent, cours de solfège !