D’accord pour descendre mais Meritahé d’abord. Elle sera plus utile que moi comme renfort et pourra me rattraper aussi. Autre chose , vous êtes sûrs qu’on pourra remonter ailleurs sans corde pour descendre ici ?

« Si vous avez fini avec votre canif , je pense que la suite du voyage est par là. Je crois qu’il s’agit de la géode merveilleuse ».

En m’approchant du bord de la pente, je lance une poignée de sable sur les cristaux pour observer une éventuelle réaction puis, si besoin, un ou deux gravillons pour écouter leur tonalité. Si ça ne semble pas trop risqué, j’envisage de me laisser glisser le long de la pente en m’éclairant à l’aide de ma lanterne.

« Selmy, ou Meritahé, tu me suis et me couvres ? Il y a quand même une grosse bestiole qui traine dans les parages »

Après un silence assourdissant,  j’invite mes compagnons à me rejoindre. Je suis intimement convaincu qu’ils doivent participer et non être de simples spectateurs. Pour ce faire, je leur choisis soigneusement un gravier chacun et leur confie de même un diapason assorti.

« Laissez vos armes. Prenez ce caillou et ce diapason ; à un instant donné, vous ajouterez votre note à la mélodie , vous ressentirez le moment idéal et les diapasons vous y aideront même si je pense que certains pourraient s’en passer.
Choisissez déjà le cristal sur lequel vous lancerez votre caillou et placez vous face à lui. Faites confiance à votre intuition. »

Quand nous sommes tous en place, je m’installe avec Brînamyne et joue quelques notes pour comprendre l’acoustique de la grotte. Tout en jouant, je lance quelques gravillons pour repérer les notes et les cristaux. Jamais je n’ai connu une telle salle,  une telle perfection dans les échos,  un pareil accompagnement de ma cornemuse.
Les larmes me montent aux yeux, des frissons me parcourent de haut en bas. Chaque note de la Géode provoque des vibrations qui nous remontent jusque dans le coeur et la nuque, les couleurs des cristaux et les sons se répondent.
Quand je sens que la synesthésie nous gagne, j’abandonne Brînamyne pour ne plus jouer qu’avec la Géode .
Maintenant, nous ressentons sa Magie  : chaque gravillon que je lance rebondit encore et encore et déclenche à lui seul une mélodie et toutes s’entremèlent pour nous faire ressentir toutes les émotions possibles de la joie à la mélancolie.
En sus des couleurs et des vibrations, voilà que des parfums et des goûts nous submergent. La musique nous présente le monde dans toute sa variété : un feu pétillant sous le ciel étoilé, les vagues venant mourir sur la plage, le rugissement d’un dragon, le lard frémissant dans la poêle (là, j’ai vu Ladro lancer son caillou)…
Et je perçois la sagesse de Selmy, la ténacité de Galgor, la magie de Ladro, la tristesse de Meritahé dans les mélodies qui sont venus se fondre avec la mienne.

Mais les derniers graviers finissent de rebondir, les parfums s’estompent, les goûts s’effacent, les lueurs des cristaux s’éteignent,  les vibrations disparaissent et les dernières notes nous laissent pantelants de tant de sensations éprouvées.
Combien de temps s’est-il écoulé ?

Salut vieil homme ! Comment te nommes-tu ? Comment es-tu arrivé céans et depuis combien de temps ? Et quel est ce vilain magicien dont tu nous parles ?