Je cherche à me raccrocher à un souvenir.
Suis-je déjà venu ici ?
Quelle est cette communauté ? Des Grinvolts ? Quelqu’un vit-il encore ici ? Y a-t-il des traces récentes ?
Peut-on estimer le nombre de personnes qui pouvaient, ou peuvent encore occuper ce lieu ?

J’approche lentement, à l’affût du moindre bruit, du moindre mouvement.
Je franchis le cercle.
Que sont ces pensées étranges qui me traversent l’esprit ?
Elles me guident vers une pierre que je soulève.
Une inscription : “Fais demi-tour, car ceux que tu aimes sont derrière toi !”

Je me concentre sur les Peuples du Thrisme. J’utilise mes talents d’Erudit pour tenter de me souvenir si ce lieu est dangereux pour nous, et en quoi il l’est ?

Comment peut-on rendre hommage aux dieux que cette communauté honore ? Quels gestes malencontreux vaut-il mieux ne pas commettre ?

Dites M.J., cela me rappelle-t-il quelque chose ?

(Aparté : Si je fais demi-tour, je ne verrai que 3 esclavagistes qui n’ont même pas pitié d’un pauvre vieillard malade. De là à dire que ce sont des amis.)

(Aparté N°2 : Je ne sais pas trop si mon talent d’Érudit me permet d’inventer des choses, ou s’il n’est utile qu’à interroger le M.J.)

Le Hall de Ottlecop

Lentement, comme une marée qui se retire et révèle les épaves figées dans la vase, vous voyez la mémoire revenir au chevalier Selmy. Il vous explique, les yeux brumeux, être déjà venu ici… ou dans un village similaire. C’était au commencement de ses années de services pour l’Empire, et sa première expédition dans le Thrisme. Il avait voyagé pendant des jours à dos de cheval, au sein d’une compagnie de guerriers chevronnés, et guidés à travers la forêt dense par un coureur des bois, un de ces voyageurs respectés par toutes les communautés car il maintient ouvert les sentiers et garde ainsi vivant le lien entre les villages isolés. L’expérience avait été traumatisante. Le coureur des bois s’était blessé gravement, et il restait une journée de marche pour atteindre le prochain village, il perdait beaucoup de sang et risquait de mourir. Les soldats avaient donc entrepris de couper quelques branches des arbres proches pour fabriquer un brancard. A la vue des premières entailles faites dans les branches, le guide avait hurlé. Non de douleur, mais de peur ! Il avait supplié d’épargner la plante, et menacé de se planter lui-même un poignard dans le coeur s’ils poursuivaient… Selmy et ses compagnons avaient donc laissé le pauvre homme agoniser, et erré seul dans les bois, conscients d’une présence hostile autour d’eux. Ils avaient fini par trouver la clairière et ses pierres rituelles dressées, et l’annonce de la mort de cet homme en dehors du cercle de pierre avait provoqué un grand émoi : son âme allait errer de par le monde ! Selmy resta dans la clairière quelques temps, et fut témoin du grand Jour du battement : le jour ou tout le village sort en procession à travers les bois, martelant des tambours et exhibant les reliques en argent des ancêtres (il est connu que l’argent brille de mille feux de l’Autre côté du Voile et attire les esprits des morts). On ne retrouva jamais le corps du coureur des bois, mais le village semblait serein à l’idée que son âme avait rejoint les autres à l’intérieur du cercle de pierres dressées qui protège la communauté.

Selmy se tourna vers vous avec un rictus ironique et finit son récit ainsi : « rassurez vous compagnons, car ici… les esprits des morts nous environnent ! » Il se redressa ensuite pour se diriger d’un pas assuré vers le grand Hall.

A l’intérieur de cette vaste salle communautaire, vous distinguez de nombreux braseros, illuminant de lueurs rougeatres des peaux de chèvre disséminées en cercle et accueillant les ouvrages des membres de la communauté. Au centre, un grand chaudron trône dans une excavation creusée dans le sol de terre battue. Dans le fond de la salle se trouve une alcove dont l’entrée est décorée de motifs en bas relief propres aux Grinvolts. Et devant cette alcôve, courbée sur son ouvrage (un épais tapis en crin de chèvre) est assise une vieille dame frêle et à la jambe tremblante. Elle vous accueille dans la langue des voyageurs, un brin d’inquiétude dans la voix. « Bienvenue à Ottlecop, voyageurs ! Laissez vos armes et vos mauvaises pensées à l’entrée et rejoignez moi dans l’espace sacré du Hall ! Le jour du Battement se termine et tous ceux qui erraient sont destinés à trouver un foyer cette nuit. Bienvenue ! »

Dehors, les sons de percussion se font plus forts, et la nuit est complètement tombée.

RAPSODY, tu vois que Selmy est encore plongé dans les affres du passé, il est peu en état de faire la conversation. Comment présentes-tu votre groupe sous son meilleur jour ?

Présentation dans le Hall.

Bien le bonsoir. Merci de nous accueillir dans votre demeure et veuillez nous excuser d’interrompre en quoi que ce soit une cérémonie. Voici Galgor, Ladro et Selmy qui est fiévreux, aussi si vous aviez quelqu’un pour lui concocter un remède, ce serait fort aimable. Quant à moi, je suis Rapsody. Mes compagnons d’infortune et moi sommes a priori les seuls survivants du naufrage du navire la Sémillante du capitaine Jorunn. Nous avons été drossés à la côte lors d’une gigantesque tempête et une vague nous a emmenés presque jusqu’ici par la rivière. (Tout en parlant, je m’avance doucement, m’assieds et sort Brînamyne et l’accorde avec discrétion, fruit d’une longue habitude, afin de ponctuer légèrement mes dires.) En échange de votre hospitalité, je vous instruirai des nouvelles du monde, je vous ferai rire en vous chantant les aventures de Cugel l’astucieux, trembler avec la saga de Kane le maudit, pleurer avec l’histoire de Beren et Luthien, vous enflammer avec la quête d’Elric, endormir les enfants par une douce berceuse et quand ils seront couchés, si vous avez une petite goutte de plantes distillées je vous narrerai les tribulations des sept filles du forgeron. Et je serai ravi d’apprendre vos contes et chansons afin de les faire voyager à leur tour.

En aparté, Galgor ou Ladro, surveillez quand-même mes arrières.

Saisissant la requête non exprimée de Rapsody, je surveille les environs pendant qu’il prend langue avec les locaux. Chacun sa spécialité, moi le guet, lui la diplomatie.
Rien à signaler. Quelques habitants apparaissent, puis d’autres, sans que ça devienne la foule compacte pour autant. Aucune animosité apparente.

Je dévisage chacun avec attention, cherchant à reconnaître Mapce le Cartographmancien. Vit-il toujours dans ces contrées ?

En écoutant attentivement Rapsody nous présentant, je regarde la foule nous entourant. J’identifie plusieurs cibles potentielles mais pense qu’il est encore un peu tôt pour voler quelques jolis objets, surtout si on compte passer quelques jours par ici, le temps que Selmy se remette. De plus, ce village semble vivre simplement, il serait mal venu de s’emparer de leur maigres possessions.

Y a t’il que des humains dans cet endroit? Ont-ils l’habitude de voir des semi-hommes ? Je n’ai pas l’impression de ressentir d’animosité envers nous. Il est vrai que l’on avait entendu que du bien de ce petit village. J’essaye de me renseigner sur la fréquence d’expédition comme la nôtre de passage par ici.

Je demande également si il y a un marché ou des boutiques pour essayer de me faire un petit stock de potion et autre onguent de soin.

J’accompagne Selmy vers le médecin du village, obtenir des infos sur les maladies de la région peuvent toujours être utiles

Le Jour du Battement

Rassurée par les bonnes manières de l’elfe, et visiblement peu effarouchée par ses oreilles pointues, la vieille grand mère cale son dos fatigué contre la paroi de terre du hall et pousse vers vous un plateau contenant des bols de céramique. Elle y verse une sorte de thé et vous invite à prendre place autour du brasero qu’elle tisonne de plus belle.

« C’est la fin du troisième Jour du Battement, ce soir. Les gens du village rentrent après avoir passé la journée dans les bois, à marteler tambours et claves, et porter haut les reliques en argent de notre cercle. C’est une chose terrible pour nous de mourir hors du cercle, et c’est hélas fréquent pour les commerçants, les camelots et les coureurs des bois. Je suis trop mal en point pour gambader dehors avec eux, mais ça me permet d’avancer sur notre tapisserie des anciens. Mais tenez, les voici ! »

Entrèrent alors dans le hall une trentaine d’hommes et de femmes rustiques, cependant vêtus d’habits de cérémonie fort ornementés. En tête marchaient deux femmes de haute stature, cheveux déliés, portant chacune haut devant elle une hache au fer aigu. Des anneaux d’argent paraient leurs lames, qui semblaient avoir vu maints combats.

Venait ensuite une procession de percussionnistes. Des gens du village baignés de sueur par l’effort qu’ils avaient fourni, à porter de grand tambours cylindriques, et à battre les peaux de chèvre distendues avec de lourdes baguettes d’os sculpté. Les anciens suivaient de près, tenant avec révérence des assiettes et coupes d’argent resplendissant. Eux aussi arboraient le grand sourire qui succède aux rituels accomplis dans l’harmonie. Enfin, en ordre dispersé, une marmaille bruyante emplit la salle commune des rires et des pleurs qui ponctuent la vie d’une communauté en bonne santé.

Rapidement, une petit foule s’assemble autour de vous, pour s’enquérir de votre histoire. Les étrangers, apprenez vous, circulent souvent dans la région pour joindre Martol au Nord et Aridenn à l’est : les tempêtes de Soont, et les spectres qui ravagent parfois les côtes, sont des motivations suffisantes pour braver les dangers des bois bavards… Si les semi-hommes sont peu nombreux dans la région (on les confond souvent avec le petit peuple de la nuit, fort variable en forme, et qui porte dans le Thrisme le nom de Ricalu), les sang-de-fée sont souvent vus, et parfois avec crainte car ils rappellent encore le joug millénaire des princes de Martoï.

Quoi qu’il en soit on vous fait bon accueil, des hommes solides portent votre embarcation à l’abri, et on vous ménage de confortables peaux de chèvre où passer la nuit, dans la salle commune. Alors que les marmites reçoivent quelques racines à bouillir, et qu’on cuit sur des pierres chaudes des galettes à base de l’écorce d’un arbre local, marmots et curieux papillonnent autour de vos paquets et du lourd coffre que vous avez prudemment conservé avec vous : ici tous les voyageurs sont un peu marchands, non ?

La vieille, délaissant son ouvrage et claudiquant jusqu’à Selmy, lui saisit le visage dans les mains et demande « tes traits ne me sont pas étrangers, homme du sud. Au cours de ma vie de chamane et guérisseuse j’ai vu passer de nombreux voyageurs, et je me souviens généralement de ceux qui sont restés quelques temps. Alors dis moi chevalier errant : quel est ton nom maintenant, et quel est ton trouble ? Et que viens tu rechercher ici après tant d’années ? »

Où suis-je ?

J’ouvre les yeux. Devant moi, une femme me parle, elle a une trentaine d’années, les yeux très clairs, de long cheveux blonds et ses mains sur mon visage sont comme un pansement contre mes maux. Sa voix est hypnotisante, réconfortante, et reconnaissable entre mille. Zlabaya ? Zlabaya, c’est toi ? Tu n’as pas changé. C’est moi, Selman Mylory, mais aujourd’hui tout le monde m’appelle Selmy. Quel bonheur de te revoir ! J’aimerais te présenter tous les honneurs que je te dois, mais je me sens si faible, si… absent.

Est-ce vraiment toi ? Suis-je encore en plein rêve ?

Cette terre qui autrefois m’a volé ma vie est en train de me précipiter vers la mort. Pourquoi suis-je revenu ? Quand j’ai entendu qu’il était de retour, j’ai cru que je pourrais rompre le charme, j’ai cru que je pourrais rivaliser avec lui. Mais il n’est à des kilomètres de moi, et j’ai déjà un genou à terre. 

Bethelan ! Comment sortir ce nom de mon esprit ? Que veut-il ? Que me veut-il ?

Zlabaya, j’ai besoin de toi, nous avons besoin de toi. Je dois retrouver sa grotte, je sais que je peux y arriver, mais pas seul. Où sont-ils ? Où sont mes compagnons ? Rapsody, j’entends ta musique, mais je ne te vois pas. Où suis-je ?

Les mains de la guérisseuse quitte mon visage, je m’endors apaisé et confiant.

Enfin calmé, et sa fièvre apaisée par le breuvage (ou les mains ? Ou la voix ?) de la guérisseuse, Selmy sommeille,droit comme un i et le frond enfin déridé, sur un tapis de peaux de chèvres.

La Guérisseuse du nom de Zlabaya affiche un sourire las et raconte.

« Ainsi vous êtes venus chercher l’antre de Bethelan le sorcier ?

Il est mort, vous savez. Ou pire, pour ce que j’en sais. Il n’a jamais été très prudent. Et beaucoup trop curieux pour son propre bien, à mon avis. Mais fascinant, ça il l’était. Vous voyez ces assiettes ?, demande-t-elle en vous montrant d’étonnantes plaques de chitine larges comme un visage, laquées avec soin. Elles sont un don de Bethelan au village, il les fabriquait à partir des carapaces d’isopodes qui grouillent là-haut dans les caves.

A ma connaissance, personne n’est retourné là-bas depuis la disparition de Bethelan dans une expédition lointaine. Pour ce que j’en sais, ses amis du peuple de pierre pourraient tout aussi bien avoir emporté toutes ses affaires. Ils vivent, d’après ce qu’il nous contait, dans une caverne vaste comme un ciel, loin sous nos pieds.

Je dois vous dire que Bethelan et votre ami Selmy ont un temps été rivaux, il y a des lustres. Vu son état de nervosité, je ne suis pas certaine que cela fasse du bien à Ser Selman Mylory de se confronter au souvenir du Maître de Magie. Enfin… vous êtes libres.

Monsieur le musicien, il me vient une anecdote qui pourrait attirer votre attention : un jour, Bethelan avait mené un groupe de ses amis, doués pour la musique, dans ses caves. Ils avaient découvert des formations cristallines fort étonnantes, qu’ils avaient fait résonner de longues heures. Des années après cet épisode, ils disaient pouvoir entendre les pensées les uns des autres ! Et de fait, leur musique et leurs paroles semblaient couler indifféremment de l’un ou l’autre d’entre eux.

Mais il est tard maintenant, et les émotions furent fortes pour tous ! Je m’en vais reposer sur l’amoncellement sacré des anciens, et demander conseil à nos ancêtres… Bonne nuit, voyageurs…

Elle vous quitte alors, et pénètre dans l’alcove sombre au fond du Hall, où ont été de nouveaux suspendues les reliques d’argent de la communauté Grinvolte.

Ma première partie de soirée se passe dans la joie et la bonne humeur. Les enfants sont ravis de découvrir de nouvelles chansons et même les adultes s’y mettent et demandent à apprendre les refrains entrainants.

Puis, la gorge sèche et au désespoir de mon auditoire, je réclame une pause pour me désaltérer et fort heureusement un des habitants d’Ottlecop prend le relai et me permet de souffler et de prendre des notes sur leurs chants locaux.

Zlabaya la guérisseuse revient et nous rassure sur le sort de notre nouveau camarade Selmy qui revient, semble-t-il, sur ses voyages de jeunesse.

Et c’est à cet instant qu’elle me lance un regard pénétrant pour me parler de grottes cristallines accordant un pouvoir de fusion mentale. Serait-ce là la source des rares et légendaires roquebandes sillonnant le monde ? Je n’ai moi-même jamais assisté à un de leurs récitals mais mon grand-père m’a suffisamment rapporté dans les moindres détails l’osmose entre leurs membres et la communion entre la roquebande et son auditoire pour que ma vie à ce jour prenne un nouveau tournant. De nouvelles histoires, des chansons inédites et la promesse d’une roquebande. C’est décidé : je suivrai Ser Mylory dans sa quête du sorcier Bethelan.

Les hobbits Galgor et Ladro seront sans doute attirés, eux aussi, par la promesse de richesses cachées.

Et c’est avec une énergie renouvelée que je propose au public, maintenant uniquement adulte, d’apprendre une ou deux paillardes.

Après avoir mangé un bon festin, je me promène dans la foule pour prendre le pouls de notre visite impromptue, histoire de repérer des espions et autres potentiels ennemis. Trop de monde trainent autour de nous et du coffre pour ne pas y voir un potentiel danger.

Ceci étant, l’enthousiasme de la foule et la bonne humeur de tout le monde commencent à me détendre (à moins que ce ne soit leur fabuleuse boisson ! )

J’en profite pour parler un peu des armes que Bethelan pourrait avoir utilisées dans ces cérémonies. Les rumeurs sur la présence d’une dague magique dans ces contrées pourraient se révéler exactes. Cela me motive encore plus pour continuer ma quête et suivre mes compagnons vers cet ancien sorcier.

Après quelques bières et des histoires fabuleuses de mes aventures, une jolie guerrière se rapproche de moi et m’indique que Bethelan avait ensorcelé ses parents et qu’elle veut chercher des réponses sur ce qu’ils étaient devenus. Elle propose alors de nous accompagner dans cette quête.

On passe la fin de soirée à danser sur le rythme motivant de Rapsody.