Fouchtre !

Ladro le hobbit, trop court sur pattes pour bien saisir la situation au sommet du fort instable tas de graviers, prend deux pas de recul tout en feuilletant les pages de son grimoire. Récitant des syllabes hoquetantes et sybilines à la lumière de la torche brandie par Rapsody, il retrousse son bras droit qui semble perdre peu à peu en matérialité. Pas plus dérangé que cela par le phénomène surnaturel, l’apprenti sorcier glisse son bras à travers la roche, les traits tendus par la concentration.

Jet de curiosité résultat 9 ! Le sort fonctionne et @ladro me dira en commentaire le contrecoup qu’il choisit (attirer l’attention, perdre l’usage de la magie ou perte de contrôle du sort).

Sous les yeux médusés de Méritahé, un bras fait de roche se matérialise à proximité immédiate de la créature chitineuse qui la menace. Celle-ci ne semble pas s’en apercevoir et se laisse cueillir, mais commence vite à se débattre ! Plaqué contre la paroi de pierre par le poids du myriapode magiquement retransmis, Ladro halète mais tient bon.

Test d’Adrénaline (anciennement Soif de Sang) pour l’action « Tailler en Pièces » de Ladro : 6, c’est un échec ! Je lance un score de 4 dégâts pour le pauvre semi-homme. La roche lui donnant une protection de 3, on compte la perte de 1 point de Niaque.

Maîtrisant peu sa nouvelle main pétrifiée, Ladro laisse échapper sa proie, qui enfonce profondément ses pattes dans la roche calcaire, laissant des marques inquiétantes. Meritahé brandit sa hache au dessus du monstre, mais hésite à porter un coup qui pourrait détruire le bras magique : la luminosité est bien trop faible ! « Galgor, à l’aide !! »

« Une minute ! » répartit le hobbit au grand chapeau, attentif aux traces laissées par les passages répétés du sorcier. S’il a continué de venir ici régulièrement alors que c’est clairement peu praticable, c’est qu’il y a une raison…

Galgor « Discerne la Réalité » : c’est un… 2 ! Échec cuisant ! En tant que MJ, je suis invité à envenimer la situation…

« GALGOR, c’est MAINTENANT » !! Sans s’en rendre compte, Galgor s’est tellement penché sur les traces avec la torche qu’il a occulté toute lumière pour l’infortunée Mertiahé là-haut, condamnée à lutter à tâtons avec la bestiole. Ladro, dont le reste du corps est bien incapable de voir ce que fait sa main de pierre, peste de plus belle.

« Calmons-nous, j’arrive ». Avec célérité, Ser Selmy brandit la torche qu’il avait avec lui et éclaire de nouveau la situation. Face à cette violente source de lumière, le mille-patte géant (cinquante centimètres de long, il doit bien peser dans les deux kilos) bat en retraite le long de la paroi rocheuse.

Meritahé se saisit de la torche de Selmy et se redresse. Elle se situe au long d’un amas énorme de sable et de gravier tombé, voilà des lustres, du plafond de cette haute caverne. A deux mètres en amont, au centre du monticule, se trouve une dalle de basalte formant un sommet dégagé. Et sur cette dalle, couvert de la poussière des années, se trouve un antique tabouret de bois surmonté d’une humble mallette de cuir…

L’entrée, les piliers d’acier, et le monticule avec un tabouret

Mis à part le cliquetis angoissant des pattes de myriapode sur les parois, l’ambiance de cette salle est calme et propice à la méditation. Intrigué par le lieu et son acoustique, Rapsody gravit à sont tour la pente et se penche sur la tabouret. Exhibant la petite mallette poussiéreuse, il en sort avec une exclamation étouffée un assortiment de diapasons en argent !

Pendant le bref silence suivant l’acte héroïque de Selmy, je perçois une pulsation irrésistible dont j’entreprends de découvrir la source. Aussitôt je pars dans les couloirs, évite les mites, le scolopendre et arrive dans une grande salle dont le centre est occupé par un monticule de roches et de sable. A son sommet une dalle.

J’entame précautionneusement l’ascension et découvre en haut un tabouret de bois vermoulu et ce qui semble être de prime abord une mallette en cuir. Mais non, c’est organique mais pas du cuir. Noir et des reflets verts, lisse, brillant et très solide : de la chitine ! Le couvercle de l’étui est orné de sept runes associées à sept petits emplacements en creux de différentes formes. Un mécanisme discret permet de l’ouvrir et je découvre sur un velours carmin, sept diapasons de longueur croissante rangés en éventail. Chacun des éventails présente à son extrémité une pierre : diamant, émeraude, rubis, saphir, onyx, opale et ambre. Chaque pierre a un nombre de facettes différent : cinq, six, sept, huit, dix, douze et vingt et ces pierres correspondent sans surprise aux emplacements du couvercle.

Chance ou intuition, je prends le diapason à l’onyx, referme l’étui et place la pierre dans sa cavité idoine. D’une pichenette je déclenche la note qui se répand dans le réseau de grottes ; oui ! l’étui sert de résonateur.

En quelques instants, les mites se calment et se reposent, le scolopendre se roule en boule et même mes comparses se sentent apaisés. Je prends note: l’onyx a un effet sur les animaux. Ladro en profite pour se ressaisir et reprends contrôle de son bras. Je pourrais suivre la note avec ma flûte ou Brînamyne mais ce ne serait pas prudent pour l’instant, je n’en sais pas assez.

J’ai hâte de pouvoir tester les autres diapasons dans d’autres circonstances et d’autres lieux. Du cri de terreur d’une mère au hurlement de la tempête, en passant par le vent dans les arbres, un cours d’eau jouant sur des cailloux, le chant d’un oiseau, tous les sons sont la musique du monde qui nous entoure et ces diapasons en sont les clés.

Ben quoi ? Pourquoi vous me regardez comme ça ? Vous doutiez encore du pouvoir de la musique ? Dorénavant tous les soirs, pour ceux qui le veulent, cours de solfège !

Arrgh, nous devions déjà supporter le raffut du troubadour pendant les marches comme aux veillées, mais là, ce n’est pas parti pour se calmer si en plus il commence à se persuader que c’est utile !

En même temps, force m’est d’admettre en aparte que sur ce coup là, sa petite fourchette et son bout de cuir on produit leur petit effet… mais bon, ça, ça reste en mon for intérieur, pas question de l’admettre devant lui ou il n’y aura vraiment plus moyen de l’arrêter.

« Dites, mes amis, si vraiment ce tintamarre calme les créatures qui rodent, rampent ou volent dans ces cavernes, on devrait peut-être en profiter pour retourner voir dans le passage que nous avons laissé sur notre droite, cinquante pieds en arrière. D’après mon plan c’est une impasse, nous n’y perdrons pas trop de temps et elle m’a eu l’air trop bien gardée pour être complètement dénué d’intérêt, entre les mites, l’énorme scorpions et toutes les autres bestioles que nous n’avons peut-être pas même vues. Qu’en penses-tu Galgor, on ne va pas laisser des caches inexplorées derrière nous, si? »

Un aparté de Meneur…

Avant de reprendre la narration, arrêtons-nous un instant sur le fonctionnement de cette expérimentation narrative, si vous le voulez bien !

Lorsque Rapsody m’a soumis son idée de diapasons magiques, je me suis dit « crotte, ça ne fait pas partie du Donjon ». Mais la participation créative devrait toujours être encouragée : s’il ouvre cette porte discrètement, j’ai moyen d’en faire quelque-chose sur le moyen terme. Je lui ai donc proposé de suggérer un éventuel effet étrange dans sa description, mais…

Il est allé un peu plus loin que la suggestion, me plaçant dans une position difficile. En effet, inventer un objet magique qui apaise les insectes dans un donjon plein d’insectes, c’est comme proposer uniquement des adversaire insensibles au feu à un personnage qui vient d’apprendre à lancer « boule de feu »… un désamorçage narratif. Maintenant, le Donjon risque bien d’être un peu chiant, sauf à faire des pirouettes narratives qui seront de plus en plus capilotractées à mesure que le récit avance et que vos inventions et ma préparation se télescopent.

Alors je sais bien que je l’ai cherché, en vous laissant beaucoup de licence « poétique » dans vos écrits, ça fait aussi partie du charme de l’expérience, et je dois dire que tant que nous étions « en pleine nature », j’arrivais à intégrer la majeure partie de vos ajouts créatifs. A l’intérieur des donjons, qui ont été conçus comme des éco-systèmes cohérents, et relativement détaillés, inventer des trucs par dessus risque de rendre le tout indigeste. Prenons, pour ceux qui connaissent, l’exemple de Oltréé! : en voyage, les joueurs tirent des cartes de patrouille et inventent des trucs. En revanche dans les donjons, c’est le MJ qui décrit.

genre ça

Ici je voudrais, comme je l’ai mis précédemment en commentaire, contrôler un peu plus les choses en mode « Donjon ». Voici donc la règle de bonnes mœurs que je vous invite à appliquer à partir du moment où je commence à poster des images de plan.

  • Je décris librement ce que pense mon personnage
  • Je décris ce que dit mon personnage dans la limite de ce qui est cohérent (parler à des gens qui sont à portée de voix du personnage, et uniquement quelques mots si c’est une scène d’action)
  • Je décris ce que tente de faire mon personnage, mais je ne décris pas l’issue. Par exemple « Je lance mon poignard sur le scorpion dans le but de lui trancher le dard » : OK, « Je lance mon poignard et je lui tranche le dard et paf ça me fait une arme plus coole » : pas OK, parce-que ça me pique mon boulot de MJ 😉
  • Je demande des informations au MJ sur ce qui m’entoure. Si le MJ m’y invite, je décris un détail de contexte. C’est par exemple le rôle du pouvoir « érudit » où le MJ donne l’info, et le joueur raconte comment son personnage a eu cette info. Donc là aussi si le MJ décrit une sacoche en cuir, éviter de dire qu’en fait elle est pas en cuir (même si c’était une bonne idée c’est vrai) : c’est la « règle du oui » en théâtre d’impro, ça s’applique aux joueurs de jdr.

En suivant ces lignes, vous faciliterez grandement mon rôle de Meneur de Jeu, et vous aurez face à vous un univers plus cohérent, donc plus intéressant et plus facile à « percer » pour en découvrir les trésors ! J’espère que ça vous ira !

Nous reprenons donc le récit avec Rapsody équipé d’un splendide jeu de diapasons d’argent, aux étonnantes résonances mystiques… auront-elles un effet en dehors de l’étrange caverne où elles ont été trouvées ? C’est ce que Galgor est très curieux d’apprendre, en rebroussant chemin vers le petit tunnel si plein de bestioles venimeuses !

Son empressement, cependant, n’empêche pas Meritahé et Rapsody de remarquer que la salle de méditation où ils se trouvent encore dispose d’une autre sortie…

GALGOR, préfères-tu rebrousser chemin ou explorer l’autre pente sablonneuse ?

Encouragé par la découverte de son compère musicien, le hobbit au grand chapeau commence à fureter dans tous les coins. Délogeant du bout de la torche quelques isopodes mollassons, brassant le sable léger et abrasif et les rigoles de graviers ruisselant à ses pieds, il inspecte pied à pied la salle, les murs et le tas de roche instable. Il est rejoint par ceux de ses camarades qui étaient parvenus à gravir la pente arrivant du couloir.

Galgor « Discerne la réalité » (résultat 6), et je considère que ses camarades l »aident » (résultat 9) : les aides évitent un échec mais occasionnent un coût. Je donne ici la réponse à la question « qu’est-ce qui pourrait m’être utile ou précieux ici ? »

Inconscient de l’instabilité du monticule, le semi-homme a vite fait de remuer des quantités considérables de poussière abrasive, soulevant un nuage blanchâtre qui danse à la lueur des torches. « Ben non décidément, il n’y a rien de plus ici ! », finit-il par dire. « Soit Bethelan était un cochon d’ascète, soit il est parti en expédition en emportant tout le reste de son matériel de méditation…  » C’est alors que avalanche manque d’emporter le hobbit, dont la petite taille ne lui permet pas de s’accrocher à une paroi stable. Heureusement Rapsody le rattrape par la lanière de sa sacoche et le dépose en lieu sûr. Toussant et tapotant leurs vêtements pour les débarrasser de la poussière, ils redescendent de l’autre côté, en direction du couloir inexploré.

La poussière occasionne la perte de 1 point de Niaque pour Galgor, Rapsody et Meritahé.

Après quelques hésitations, le groupe est rejoint par Selmy et Ladro. L’apprenti sorcier masse son bras encore parcouru de fourmis, et qui semble peiner à retrouver toute sa matérialité après l’expérience de sorcellerie qu’il vient de subir.

Sur la carte de Ladro, vous vous trouvez sans
doute entre la zone 4 et la zone 6

Je décris ici l’effet négatif du sort « bras de Pierre » de Ladro (Le sort ne s’arrête pas comme prévu, une conséquence fâcheuse en résulte) : il est considéré comme manchot tant que vous ne vous serez pas reposé cinq minutes. Ça implique notamment qu’il doit s’arrêter pour compulser son grimoire, et choisir entre ça et tenir la lanterne.

De nouvelles pentes traîtresses s’ouvrent devant les pieds des aventuriers, pentes qui descendent toujours plus profondément dans les entrailles de la terre. Le sol sablonneux lâche sous leurs pas, et il devient vite inquiétant de savoir s’il sera possible de remonter rapidement par ce chemin si le besoin s’en faisait sentir. A mi-pente, juste avant un grand toboggan étroit et glissant, Galgor se tourne vers ses compagnons pour leur donner son avis sur la marche à suivre.

Grrrr, passer plus de 10 min, bouffer de la poussière à gogo pour rien du tout, c’est bien ma veine. V’là encore qu’un humain me sauve d’un danger en plus. Je commence à me faire vieux ou quoi. Ça ne me réussit pas pour le moment cette expédition. Mais ça doit être le prix à payer pour le saint graal.

Une bonne rasade de ma mixture maison devrait me remotiver. Va falloir que je me rattrape auprès de la troupe pour ne pas passer pour un guignol.

Arrivé devant une pente incertaine, je stoppe tout le monde, la pente semble se transformer en toboggan, je propose à tout le monde de passer en premier (attaché à une corde) pour prouver que je suis utile. Advienne que pourra, je fais en sorte d’avoir ma dague à portée de bras.

Je leur précise bien qu’un tirage de corde signifie que tout va bien, 2 tirages signifient que la descente est sûre mais qu’il y a potentiellement du danger donc on me rejoint rapidement, 3 tirages signifient que c’est trop dangereux et qu’il faut me remonter de suite !!!

Je ferme les yeux et c’est parti pour une longue descente !!!

Rejoint par le groupe, Galgor réclame une corde… que le groupe n’a pas ! Il va falloir improviser… Pendant que le hobbit plein de poussière commence à assembler ceintures, bretelles et sangles diverses, son congénère et ses camarades s’installent pour quelques minutes de repos.

Ladro Souffle cinq minutes : résultat 3 !

Les yeux un brin écarquillés, Ladro observe son bras droit vibrer, et émettre une pulsation de basse sourde qui se répercute dans le labyrinthe des couloirs minéraux. De son bras libre il feuillete le grimoire à la recherche de ce qui clochait dans son incantation, sous le regard un brin anxieux de ses compagnons. Pendant ce temps,

Galgor Cherche un remplacement à une corde : euh… désolé, je fais pas exprès… 3

… harnaché comme il se doit, Galgor s’engage dans la pente ruisselante de sable, dague parée et torche levée haute. Au milieu de la pente, il s’arrête face aux vestiges d’un scolopendre géant… il fait deux mètres de long et la largeur d’un cou, mais surtout, il a été sauvagement déchiqueté ! Jetant des regards anxieux en tout sens, Galgor débouche dans une nouvelle salle, que sa torche peine à éclairer complètement. Après quelques instants d’écoute anxieuse, il se convainc que l’endroit est sûr et donne un coup sur sa ligne improvisée… qui lui reste dans les mains !

En haut, Selmy contemple avec une moue dubitative la corde qui pendouille. Faut-il descendre rejoindre le hobbit ? Faut-il porter l’autre hobbit pour lui éviter la chute ?

Galgor ayant décidé de rester en bas du toboggan minéral, malgré la présence potentielle d’un tueur de scolopendre géant, je suis d’avis de ne pas le laisser seul. Ladro est encore dans l’incapacité de descendre plus profondément dans la grotte. Je reste donc avec lui. Je propose à Rapsody et à Méritahé d’aller soutenir Galgor.

Pendant les 5 minutes que durera leur descente, peut-être Ladro aura-t-il lu comment retrouver l’usage de son bras. Si la chance n’est pas de notre côté, alors je ferai glisser nos affaires grâce à notre corde de fortune et je le prendrai sur mon dos pour rejoindre les autres.

Chaque groupe conserve une torche. Nous pourrons nous voir l’un, l’autre.

Je reste en haut pendant que les femmes descendent. Je tend ma torche pour agrandir le cône de lumière, le visage enturbanné pour ne pas respirer la poussière présente dans l’air. A mes pieds, Ladro est toujours en train de consulter son ouvrage de magie. Je suis à l’affût du moindre bruit pouvant venir de là d’où nous venons, la main sur mon épée.

Méritahé, Rapsody, vous êtes d’accord avec ce plan ?

D’accord pour descendre mais Meritahé d’abord. Elle sera plus utile que moi comme renfort et pourra me rattraper aussi. Autre chose , vous êtes sûrs qu’on pourra remonter ailleurs sans corde pour descendre ici ?

Méritahé

Nous continuons notre exploration de la grotte, encore un peu secoué de nos derniers déboires… La descente devant laquelle nous arrivons ne m’inspire pas confiance. Selmy et Rapsody ont l’air guère inspirés mais semblent convaincus qu’il me faille y aller en tête… C’est bien ma veine… Mais il serait fâcheux de laisser Galgor tout seul en bas, et comme j’ai déjà sauvé ce drôle de p’tit bonhomme d’un mauvais pas, je me dis que, peut-être, la jeune guerrière que je suis (mais guerrière quand même) pourrait lui être utile. Et après tout, les autres seront là pour assurer nos arrières ! En revanche, je me demande si nous saurons par où ressortir… Ladro va-t-il réussi à trouver le chemin dans son grimoire, lui qui ne cesse de le compulser depuis le début de notre expédition ? Saura-t-il nous guider ?