Jour 1 : La plage

La tempête menaçait quand le capitaine vous a débarqué sur une plage de sable brun à l’embouchure de la Grinvolte, côté ouest de la rivière. Vous remémorant la violence du coup de vent que vous aviez essuyé en arrivant au large des Bois Bavards voilà quelques jours, vous avez pardonné au capitaine de ne pas s’attarder pour mettre quelques encablures entre son précieux bateau de commerce et la côte hérissée de rocailles.

Si vous avez insisté pour débarquer ici, c’est à cause d’une rumeur évoquant un sorcier du nom de Bethelan : il aurait fait de nombreuses découvertes dans une caverne à proximité d’un village du nom de Ottlecop, en amont de la Grinvolte. Or d’après les dernières nouvelles il serait parti en voyage en Strielund, serait entré dans un trou et jamais ressorti… Sa caverne de la Grinvolte est-elle abandonnée ?

Y a-t-il laissé des trésors, ou à tout le moins des informations sur les lieux magiques de la région ? C’est ce que vous êtes déterminés à découvrir…

Après avoir installé votre camp autour d’un feu de bois flotté, vous prenez un instant de repos pour observer vos compagnons.

Galgor, à quoi ressembles-tu ?

Bonjour, je suis Galgor, je viens d’une terre lointaine et je voue ma vie à la recherche de “Sgian dubh” une dague légendaire.

Je suis un semi homme assez expérimenté dans ce que j’aime le plus, rechercher des objets légendaires et des savoirs les plus énigmatiques du monde.

Mes différentes aventures m’ont appris à survivre en milieu hostile, à soigner les maladies et réparer différents objets. Je suis devenu expert pour dénicher les informations les plus importantes et dispose d’une quantité non négligeable d’enchantements. Ma petite taille m’empêche de me battre avec un javelot et fait de moi une cible idéale pour les géants.

Je saurais également utiliser mes talents de voleur pour désamorcer les pièges, ouvrir une serrure. Je me promène toujours pieds nus, habillé de mon chapeau et de mon sac de survie. Je porte sur moi une dague, un recueil de recettes, de remèdes et de sorts magiques.

Rapsody, il me semble voir un joli ouvrage sur votre ceinture, que contient-il si cela n’est pas trop indiscret

Salut compagnons.

Je me nomme Rapsody, Sang de fée.

J’ai les yeux or noyés de longs cheveux blancs émergeants d’un chapeau orné de trois plumes : une rouge fraise, une bleu myosotis et une vert chartreuse. Je suis barde de mon état. J’ai été formé par ma mère qui m’a offert sa cornemuse (Uillean pipe) quand je me suis senti prêt à partir exercer mon art et apprendre de nouveaux chants et contes. Cette cornemuse se nomme Brînamyne et se trouve dans notre famille depuis maintes générations.

Je joue également du luth, de la flûte et du tambourin à l’occasion mais je n’ai emporté que Brînamyne et une flûte pour ce voyage.

J’ai accompagné un temps une bande d’aventuriers, contant leurs exploits dans les auberges et ai pu à leur contact apprendre à me défendre un peu avec cette épée courte.

A ma ceinture, effectivement se trouve un étui contenant Brînamyne.
Et mon carnet de notes et de chants.

Avis au futur cuisinier du groupe : je ne tue ni ne mange d’animaux…

Je vois que le voyage commence en excellente compagnie et que me viennent déjà les prémices d’une nouvelle ballade : Galgor et la quête de Sgian Dubh.

Et toi, Ladro, pourrai-je aussi conter tes exploits ?

Compagnons de navigation, les aléas du large, la houle et les embruns nous ont peu laissé l’occasion de faire connaissance pendant cette traversée !

Je suis Ladro.

Certains me qualifient de petit, mais seulement par la taille. Pas par l’ambition. Et comme chacun sait le rappeler lorsqu’il en ressent le besoin, ce n’est pas la taille qui compte.
Je ne suis pas né de la dernière pluie. Ni de celle de la semaine d’avant. J’ai l’expérience du voyage et de l’aventure, on ne m’en conte pas facilement.

Ce qui me meut : une inextinguible soif d’or, de gemmes, de diamants (rien à voir avec Klapisch).
Ce qui m’émeut : des trésors anciens, des pièces uniques, oubliées, mythiques.
De l’or, oui, mais pas un tas de piécettes volées au premier marchand qui passe ; ça, ça m’émeut peu…
… mais je prends quand même si l’occasion se présente ! Faut bien nourrir son homme. Son semi-homme. Enfin, faut bien manger quoi.

Un magicien de passage dans le village de mes vertes années, il y a bien longtemps, m’a prédit qu’un jour, un peuple réputé pour son art kleptomaniaque parlerait une langue dans laquelle mon prénom signifierait « Voleur ».
C’est depuis ce jour que je n’ai plus fait usage de mon patronyme, mais seulement de mon prénom, puisque c’est lui que la postérité retiendra.
C’est aussi ce jour que j’ai commis mon premier larcin : pour ne pas faire mentir cet honorable vieillard, je lui ai volé son journal, rendant ainsi hommage à sa prédiction. Où peut-être était-ce l’inverse, la prédiction aurait eu pour cause le vol ? Mais qu’importe, après toutes ces années.

Aujourd’hui plus habile au larcin qu’à la diplomatie, lorsque je suis en société je peine à forger des alliances (pas celles qu’on porte au doigt, celles-là tombent naturellement dans ma poche).
En dehors de quelques solides compagnons d’aventure envers qui je sais rester droit et fidèle (je n’ai pas dit honnête, n’exagérons pas), comptez sur d’autres que moi s’il faut trouver des accords avec d’autres groupes.
Mais attention, je ne suis pas complètement asocial non plus : pour trouver de la nourriture ou tous autres bien matériels, je sais toujours le moyen de négocier le nécessaire à bon prix.

Et s’il s’agit de soutirer des informations, je suis imbattable : plus elles sont secrètes, plus vous pouvez compter sur moi pour ne rien lâcher jusqu’à ce que je connaisse le fin mot de l’histoire.
Je ne renonce jamais, pas plus à un secret qu’à un trésor, ni à quoi que ce soit d’autre une fois que c’est entré dans ma petite mais dure caboche.

Au fil de mes aventures, je me suis familiarisé avec tous les outils qui peuvent s’avérer utiles, avec toutes les montures qui peuvent se monter. J’ai même voyagé à dos d’orc un jour. Enfin, jeté en vrac sur son épaule plus précisément. Mais ça, c’était contre mon gré. Et si l’orc et un de ses congénères ne s’étaient entretués sur le chemin pour déterminer lequel allait me dévorer, je ne serais sans doute pas là pour le raconter.

Je porte toujours une lanterne dans mon barda, car l’expérience m’a montré qu’on trouve davantage de trésors enfouis lorsqu’une lumière révèle leur éclat, que dans l’obscurité la plus profonde.
Je porte toujours une arme fiable à portée de main, car l’expérience m’a aussi montré que trouver un trésor ne servait à rien si on n’était pas en mesure de faire comprendre au premier venu à qui il appartenait. Faut savoir expliquer qu’il ne faut pas toucher au grisbi, et pour un hobbit, c’est plus facile avec une arbalète pointée sur un cœur ou une dague appuyée contre une jugulaire.
La carrure pour bomber le torse (du moins efficacement) ne m’a pas plus été donnée que la voix mâle qui impressionne : l’intimidation à mains nues, ce n’est pas mon point fort, pas plus que la diplomatie.
Je porte également toujours un journal sur moi. Je ne sais pas bien pourquoi. Peut-être parce que c’était mon premier vol. Je l’avais pris pour le carnet de voyages du magicien et je ne doutais pas qu’il était rempli de sorts utiles, de formules magiques et de cartes aux trésors. Las. Il était quasi neuf. Il l’est toujours, depuis 30 ans que je le traîne partout. Seul un mot lisible avait été tracé sur la première page par le vieux sage : « Thirismus ». 30 ans que je relis presque chaque jour ce mot en m’interrogeant sur le sens et les pouvoirs des glyphes et arabesques qui l’habillent…

J’ai tant traîné mes guêtres (oui, j’en arbore fièrement une belle paire auxquelles nulle chaussure ni chaussette ne vient disputer l’éclat) à travers plaines, forêts et montagnes que la nature n’a plus de secrets pour moi.
Et vu la fascination que je voue au Thrisme depuis 30 ans, je n’ai manqué aucune occasion de soutirer des informations à son propos. Pas une rencontre que je n’aie sondée sur le sujet. Tout ce qui peut être su et connu sur la géographie du Thrisme ou sur les peuples du continent maudit, je le sais et le connais.

Nul besoin de conter mes exploits Rapsody, il est déjà écrit que la postérité les retiendra ! Mais si ça peut te faire plaisir, vas-y, je prends 75% sur les droits.

Nous étions 4 sur la barque. Le quatrième ne peut être que moi :

Bonjour voyageurs.

Je me nomme Selmy, le diminutif de Ser Selman Mylory. Mais il y a bien longtemps qu’on ne me sert plus du “Ser”, ni du cerf d’ailleurs. Car non seulement, je ne suis plus noble, mais je suis devenu végétarien.

J’ai consacré mes 40 premières années à servir mon roi (seigneur, empereur, comme tu veux Paul), j’ai été un fier soldat, un valeureux capitaine, un modèle de droiture et de transparence.

Ma carrière était toute tracée : j’étais destiné à devenir diplomate.

Seulement, il y a 17 ans, lors d’une expédition dans le Thrisme, je fus frappé par une pernicieuse malédiction, une maladie incurable dont les principaux symptômes sont la perte du goût et une absence de sensation de satiété.

En 2 mois, j’ai pris 50 kilos en mangeant tout, et surtout n’importe quoi.

J’ai perdu mon poste, mes amis, mes richesses.

Je me suis exilé, loin des hommes, loin des villes.

Après plus de 10 ans de méditation, je suis toujours souffrant, mais j’ai réussi à dompter la malédiction. Saurais-je dompter le Thrisme?

Ser M.J., je pense que le bâton de parole te revient.

Maintenant que les présentations sont complètes, la discussion porte sur le voyage à venir. La région que vous allez traverser en remontant la Grinvolte n’est pas réputée pour son hospitalité. Si la plage où vous vous trouvez est raisonnablement dégagée (peut-être le signe qu’elle est régulièrement balayée par de violentes tempêtes), seule une dense forêt de feuillus se distingue en surplomb. Vous discutez des rumeurs que vous aviez entendues dans le bateau à propos des bois bavards : les habitants des bois, qu’on nomme fort pratiquement les Grinvolts, s’amasseraient en petites communautés à l’intérieur de cercles de pierres dressées, vénérant la forêt avec une superstition farouche. Les habitants de Ottlecop, cependant, sont réputés accueillants et civilisés. Vous espérez trouver le village à deux jours de navigation en amont, le long de la rivière.

Pour le moment, vous avez assez de pain de route, de viande séchée et de noix pour voyager jusqu’à Ottlecop, aussi ne sera-t-il pas nécessaire de fourrager pour vous nourrir. Mais un peu de pèche et de glanage n’a jamais fait de mal à personne, aussi certains d’entre-vous souhaiteront-ils mettre à profit leurs ressources pour subvenir aux besoins de la troupe.

Au milieu de la nuit, il devient évident pour Galgor (de garde à ce moment là) que les vents forcissent et les vagues apportent la mer de plus en plus près de la côte. Vous êtes pour le moment allongés autour des cendres du feu de bois flotté, au pied d’une petite falaise de pierre calcaire qui marque la fin de la plage et le début des bois. Vous êtes protégés des vents par la longue barque à rames qui doit vous mener jusqu’à Ottlecop. Galgor, vas-tu laisser des compagnons tranquilles jusqu’à la fin de la nuit malgré la montée de la mer ? Vas-tu leur proposer de gravir les cinq mètres de falaise pour se mettre à l’abri dans les bois ? Ou peut-être de remonter de quelques encablures dans la baie, pour être à l’abri à l’intérieur des terres ?

Je réveille mes amis :

« Bonjour la compagnie, désolé de vous réveiller mais je sens qu’une sévère tempête va débarquer d’ici peu. Il serait donc bien venu de prendre rapidement nos affaires et de quitter la côte. Je propose de prendre la barque et de remonter un peu la rivière sur une 100aine de mètres pour se mettre à l’abri dans le début de la forêt. Vous en pensez quoi ? »

Je suis d’accord pour essayer de sauver notre barque en remontant un peu l’embouchure de la Grinvolt.

Pas une minute à perdre, les vagues sont de plus en plus fortes.

Si nous devons emprunter la falaise, on peut dire adieu à la barque. Donc, la seule solution semble de remonter la rivière malgré les courants contraires.

Nous rassemblons nos affaires, c’est à dire, pas grand-chose. Je trouve çà et là de longs bâtons qui pourront aider : il n’y a pas de rames pour tous.

Je place la barque en direction du nord, je fais monter mes compagnons, même s’il y avait parmi eux des indécis. Pendant qu’ils rament, je pousse la barque puis monte à l’intérieur dès que le niveau d’eau atteint mes hanches.

Portés par une vague bienvenue, nous voilà en route pour l’inconnu.

Tout le monde va bien ?

Ladro, tu penses pouvoir pêcher pendant le voyage ?

Eh bien ! Il était temps. Ce n’est pas une tempête : c’est la grand-mère de toutes. L’obscurité est déchirée par une multitude d’éclairs et un mascaret gigantesque nous entraîne vers l’intérieur des terres. Un bateau plus grand aurait été mis en pièces mais nous chevauchons la vague avec bonheur. A cette allure, nous ne mettrons pas deux jours à rejoindre Ottlecop.

Et nous ne sommes pas seuls : des créatures semblent profiter de la vague pour remonter la Grinvolt : nous apercevons des nageoires, des ailerons, des tentacules fluorescents à la lueur de la foudre. D’autres choses inertes sont entrainées par la colère de la mer qui cherche à se débarrasser des épaves qu’elle recelait. Des espars, filets et cordages nous escortent. J’espère que le navire qui nous a déposé a réussi à s’éloigner à temps.

Ladro, tentant de pêcher, vient de réussir à crocher un coffre qui flottait non loin de notre barque.