Enfin calmé, et sa fièvre apaisée par le breuvage (ou les mains ? Ou la voix ?) de la guérisseuse, Selmy sommeille,droit comme un i et le frond enfin déridé, sur un tapis de peaux de chèvres.

La Guérisseuse du nom de Zlabaya affiche un sourire las et raconte.

« Ainsi vous êtes venus chercher l’antre de Bethelan le sorcier ?

Il est mort, vous savez. Ou pire, pour ce que j’en sais. Il n’a jamais été très prudent. Et beaucoup trop curieux pour son propre bien, à mon avis. Mais fascinant, ça il l’était. Vous voyez ces assiettes ?, demande-t-elle en vous montrant d’étonnantes plaques de chitine larges comme un visage, laquées avec soin. Elles sont un don de Bethelan au village, il les fabriquait à partir des carapaces d’isopodes qui grouillent là-haut dans les caves.

A ma connaissance, personne n’est retourné là-bas depuis la disparition de Bethelan dans une expédition lointaine. Pour ce que j’en sais, ses amis du peuple de pierre pourraient tout aussi bien avoir emporté toutes ses affaires. Ils vivent, d’après ce qu’il nous contait, dans une caverne vaste comme un ciel, loin sous nos pieds.

Je dois vous dire que Bethelan et votre ami Selmy ont un temps été rivaux, il y a des lustres. Vu son état de nervosité, je ne suis pas certaine que cela fasse du bien à Ser Selman Mylory de se confronter au souvenir du Maître de Magie. Enfin… vous êtes libres.

Monsieur le musicien, il me vient une anecdote qui pourrait attirer votre attention : un jour, Bethelan avait mené un groupe de ses amis, doués pour la musique, dans ses caves. Ils avaient découvert des formations cristallines fort étonnantes, qu’ils avaient fait résonner de longues heures. Des années après cet épisode, ils disaient pouvoir entendre les pensées les uns des autres ! Et de fait, leur musique et leurs paroles semblaient couler indifféremment de l’un ou l’autre d’entre eux.

Mais il est tard maintenant, et les émotions furent fortes pour tous ! Je m’en vais reposer sur l’amoncellement sacré des anciens, et demander conseil à nos ancêtres… Bonne nuit, voyageurs…

Elle vous quitte alors, et pénètre dans l’alcove sombre au fond du Hall, où ont été de nouveaux suspendues les reliques d’argent de la communauté Grinvolte.

Ma première partie de soirée se passe dans la joie et la bonne humeur. Les enfants sont ravis de découvrir de nouvelles chansons et même les adultes s’y mettent et demandent à apprendre les refrains entrainants.

Puis, la gorge sèche et au désespoir de mon auditoire, je réclame une pause pour me désaltérer et fort heureusement un des habitants d’Ottlecop prend le relai et me permet de souffler et de prendre des notes sur leurs chants locaux.

Zlabaya la guérisseuse revient et nous rassure sur le sort de notre nouveau camarade Selmy qui revient, semble-t-il, sur ses voyages de jeunesse.

Et c’est à cet instant qu’elle me lance un regard pénétrant pour me parler de grottes cristallines accordant un pouvoir de fusion mentale. Serait-ce là la source des rares et légendaires roquebandes sillonnant le monde ? Je n’ai moi-même jamais assisté à un de leurs récitals mais mon grand-père m’a suffisamment rapporté dans les moindres détails l’osmose entre leurs membres et la communion entre la roquebande et son auditoire pour que ma vie à ce jour prenne un nouveau tournant. De nouvelles histoires, des chansons inédites et la promesse d’une roquebande. C’est décidé : je suivrai Ser Mylory dans sa quête du sorcier Bethelan.

Les hobbits Galgor et Ladro seront sans doute attirés, eux aussi, par la promesse de richesses cachées.

Et c’est avec une énergie renouvelée que je propose au public, maintenant uniquement adulte, d’apprendre une ou deux paillardes.

Après avoir mangé un bon festin, je me promène dans la foule pour prendre le pouls de notre visite impromptue, histoire de repérer des espions et autres potentiels ennemis. Trop de monde trainent autour de nous et du coffre pour ne pas y voir un potentiel danger.

Ceci étant, l’enthousiasme de la foule et la bonne humeur de tout le monde commencent à me détendre (à moins que ce ne soit leur fabuleuse boisson ! )

J’en profite pour parler un peu des armes que Bethelan pourrait avoir utilisées dans ces cérémonies. Les rumeurs sur la présence d’une dague magique dans ces contrées pourraient se révéler exactes. Cela me motive encore plus pour continuer ma quête et suivre mes compagnons vers cet ancien sorcier.

Après quelques bières et des histoires fabuleuses de mes aventures, une jolie guerrière se rapproche de moi et m’indique que Bethelan avait ensorcelé ses parents et qu’elle veut chercher des réponses sur ce qu’ils étaient devenus. Elle propose alors de nous accompagner dans cette quête.

On passe la fin de soirée à danser sur le rythme motivant de Rapsody.

Meritahe

Quelle soirée inattendue… L’arrivée de ces voyageurs dans le village a animé toute la communauté et attisé ma curiosité. Quel drôle de personnage, ce Galgor… Son allure si particulière avec sa carrure de nain de jardin l’a rendu sympathique à mes yeux, et j’ai de suite remarqué une certaine malice dans son regard. Allez savoir pourquoi, il m’a de suite inspiré confiance. Je lui ai raconté mon histoire…

J’ai grandi à Ottlecop entourée de mes parents et de leur ami Bethelan. Cet homme m’a toujours intriguée, depuis mes plus jeunes années. Quoi de plus mystérieux qu’un magicien pour la petite fille fantasque que j’étais ?

Un beau matin, alors que je n’avais que 8 ans, je surpris mes parents en pleine discussion avec Bethelan. Une discussion plutôt animée. « Voyage« , « Incerat« , « sous terre« … Je ne comprenais pas trop ce qui se tramait. Toujours est-il que quelques heures plus tard, mes parents me confièrent à une famille du village, m’expliquant qu’ils devaient s’absenter quelques temps pour accompagner Bethelan, qui avait besoin de leur aide. « On ne laisse jamais tomber un ami, tu le sais bien », me disaient-ils, « il a besoin de nous, nous devons l’aider ».

Ils me rassurèrent tant qu’ils purent mais quelque-chose en moi me poussait à me méfier, comme une sorte de pressentiment funeste. Ils quittèrent le village avec Bethelan mais je ne pus me résoudre à rester bien sagement à les attendre. Discrètement, je me décidai à leur emboîter le pas, les suivant à la trace jusqu’à la grotte du magicien. Je pensais pouvoir poursuivre ma filature en cachette mais c’était sans compter sur les dons de Bethelan qui, lui, m’avait repérée depuis bien longtemps… Mes parents entrèrent dans la grotte et je me sentis soudain défaillir. Mes jambes ne me portaient plus et je me sentis soudainement comme emprise dans une profonde léthargie. Je ne savais plus où j’étais ni qui j’étais… Brouillard.

Brouillard épais… Jusqu’au jour où je me réveillai à l’entrée de la grotte de Bethelan, avec cette impression d’avoir été endormie pendant un siècle. J’étais seule, les villageois n’avaient plus entendu parler de mes parents depuis des mois et me pensaient moi aussi disparue, ou pire encore… Des guerrières Lames d’Argent (des guerrières protectrices des communautés grinvoltes) prirent la décision de me recueillir et c’est auprès d’elles que l’orpheline que j’étais devenue a grandi. Je suis l’une d’elles désormais, elles m’ont appris à me battre et à manier l’épée.

J’aurais pu oublier, passer outre la disparition de mes parents. Mais impossible…Pas un seul jour ne s’est écoulé sans que je ne pense à eux et à mon désir de savoir ce qui leur est arrivé. Bethelan… Tout est de la faute de Bethelan. Je dois savoir ce qu’il s’est passé, en savoir plus sur cette expédition. Incerat… Mais quelle est cette terre ? Pourquoi Bethelan avait-il besoin de mes parents ? Pourquoi les avoir entraînés dans cette expédition ?

Un puissant désir de vengeance et de soif de savoir la vérité m’anime et me pousse à partir en quête des réponses à mes questions… Et pourtant, la guerrière que je suis devenue ne peut se résoudre à partir seule dans cette expédition.

La soirée passe et Galgor m’écoute, calmement. Je sens que mon histoire pique son intérêt, je le lis dans son regard… Peut-être acceptera-t-il de m’aider dans ma quête de la vérité ? Son compagnon Ladro sera-t-il d’accord ?

Une bien belle journée qui va commencer

Quand je me réveille, le soleil n’est pas encore levé. Autour de moi, tout n’est que silence, si ce n’est quelques respirations rendues bruyantes par l’abus de boissons alcoolisées.

Je me sens en pleine forme ; ai-je tant dormi ?

Les souvenirs de la veille se rappellent à moi : Le village, les tambours, puis les chants… La voix de Zlabaya… Ces propos tournent en boucle dans mon esprit. Elle a l’air de faire confiance à Bethelan. Est-elle sous son influence ? Ou, mes informations à son sujet sont-elles fausses ?

Mais quelle importance s’il est mort.

Je me lève silencieusement. Je picore çà et là dans les plats de victuailles encore présents. Mon regard est attiré par une assiette, à n’en pas douter, une de celles confectionnée par le sorcier. N’ayant aucune compétence pour discerner une quelconque magie provenant de ce réceptacle, je décide de l’ajouter aux objets de mon barda, histoire de la faire examiner plus tard. Et comme les denrées ne manquent pas, je restaure la totalité de mes rations de voyage.

Dehors, le temps n’est plus à la pluie. Au loin, au travers la canopée, on peut apercevoir les montagnes au nord. Est-ce par là que se situe la grotte que nous cherchons ? J’espère que mes camarades ont réussis à obtenir quelques informations pour nous y guider.

Mes pas me conduisent en limite du village. J’essaie de rassembler mes souvenirs de jeunesse pour préparer au mieux la suite de notre aventure.

Dites M.J., avant d’entrer dans notre troisième jour, j’utilise mon talent de « Légat, familier des lieux » pour lister ce qui a changé dans le paysage environnant depuis la dernière fois que je suis venu ici.

Les premiers rayons de soleil apparaissent, la vie va bientôt reprendre dans la communauté.

La Remontée

Alors que ses compagnons de voyage émergent de leur longue nuit, Selmy examine les alentours du village, peinant à retrouver des repères acquis des années plus tôt. La chaîne rocheuse accueillant les cavernes de Bethelan, qui auparavant jouxtait le petit lac voisin du village, se trouve maintenant à des heures de marche, une zone forestière nouvelle ayant comme grandit entre les deux.

« Ce n’est pas la mémoire qui vous joue des tours, chevalier, c’est la terre » Zlabaya la guérisseuse claudiquait à ses côtés, appuyée sur sa canne.

« La tradition des coureurs de bois, le marquage des cairns le long des routes, les processions de village en village… ce sont aussi des rituels magiques, vous savez. Il y a bien longtemps, une caste de mages aux savoirs infinis régnaient sur le Thrisme : les Seree. Ils remarquèrent que les cartes anciennes étaient fausses, et en trouvèrent la raison : au fil des éons, de multiples terres furent englouties à l’intérieur des abîmes souterrains. On raconte qu’autrefois le peuple des carregs, les gens de pierre, vivait lui aussi à la surface. Et maintenant certains pays parmi les plus anciens réémergent partout. Des villages autrefois contigus peuvent se retrouver, en quelques années, séparés par une vallée inconnue de tous. Sans circulation entre les communautés, parfois un hiver peut produire une différence notable sur le terrain. C’est pourquoi les Seree ont institué la tradition du marquage des routes, qui ralentit la Remontée des terres anciennes.

Chez nous il a suffit de quelques années pour que les grottes de Bethelan se retrouvent éloignées du village par plusieurs lieues de maquis. Soyez prudents en le traversant, c’est je crois le lieu d’affrontements entre les servants de la Mère-Terreau et les esprits du lieu englouti.

La Mère-Terreau ? Je crois que vous avez déjà entendu son appel, Selmy… Vos délires, vos visions et l’évocation impérieuse du Gommier Rouge… je pense que vous avez respiré les spores émanant de la Gardienne de la forêt. Pourquoi pensez-vous qu’il est interdit de couper des arbres chez les Grinvolts ? Certaines communautés en difficulté le font : quelques jours après on ne retrouve plus que le cercle de pierre, tous les habitants ont été emmenés dans les bois par les servants, et les haches brisées par des racines à la force terrifiante. Certains humains entendent l’appel de la Mère-Terreau qui contrôle toute la côte, et on les dit capables d’entrer dans un arbre pour ressortir d’un autre, des lieues plus loin. On les appelle les courracines.

En plus de ce changement géographique, tu noteras que la grande ville de Millvale nous avait envoyé un notable, Joun le demi-lord, pour examiner la provenance de marques de griffes énormes dans la pierre des montagnes proches. Il n’est jamais revenu, lui et ses cavaliers.

Mais tiens, voici Ladro qui sort de la hutte de Mapce, le cartographmancien… Hou, il court drôlement vite, pour une personne de sa taille ! »

Arrive donc le hobbit, serrant contre lui son éternel grimoire… et une liasse de parchemins couverts de symboles cartographiques étranges, de flèches et d’arabesques absconses. En saisissant le coup d’oeil interrogateur de l’humain, Ladro répond dans un halètement : « ces papelards ? Un emprunt. J’ai découvert comment fonctionne mon grimoire, j’ai pris de devoirs de vacances. D’ailleurs j’ai très envie de marcher assez vite, là-tout-de-suite. Si on y allait ? »

Et sans attendre de réponse, l’ambitieux semi-homme ajoute un peu de distance avec la hutte qu’il vient de visiter, en direction de ses compagnons sur le départ. « RAPSODY !! Sors ton banjo et fais ton boulot de serre-file, fissa ! »

Et c’est donc sur un air de marche forcée que le petit groupe, rejoint par la jeune Meritahe, pris la direction des cavernes de Bethelan.

La traversée du maquis

Alors que Selmy et moi sommes encore à notre petit déjeuner de fruits et graines, écoutant Zlabaya nous présenter le pays, Ladro prend les devants, pressé de quitter nos hôtes et se rue dans le maquis dans la direction supposée de la grotte de Bethelan.

Puisque Meritahe a décidé de nous accompagner et qu’elle connait un tant soit peu le terrain , je l’envoie rattraper le hobbit qui commence à hurler de douleur prisonnier d’un roncier. Elle le dégage et prend la tête de notre groupe, nous expliquant quelles plantes éviter à tout prix.

Un petit air de flûte à Galgor pour le réveiller et nous voilà partis. Pas de petit déjeuner pour les lève-tard…

A vol d’oiseau ce n’est qu’à quelques lieues mais vu le terrain vallonné et raviné couvert d’une végétation impénétrable de yeuses, de clématites, de chèvrefeuilles, de fougères, ça va nous prendre au moins la journée en tours et détours. Au moins il fait beau et l’air est embaumé par les immortelles, le romarin et la lavande. Régulièrement nous faisons des petites pauses pour cueillir toutes les baies que nous reconnaissons et que Meritahe approuve.

Parfois un tronc d’arbre effondré nous ouvre un chemin au travers des broussailles, d’autres fois nous sommes contraints de faire demi-tour pour éviter un ravin empli de cytises épineux.

Mais la progression reste pénible à contourner toutes ces plantes qui semblent vouloir nous barrer le chemin. Meritahe et Selmy doivent même parfois porter les hobbits pour certains passages difficiles.

Quand soudain nous débouchons sur une large piste où toute la végétation a été écrasée et dévorée sur au moins trois toises. Meritahe nous propose de la suivre, car même si la piste ne va pas exactement dans notre direction, nous devrions gagner du temps et du confort. L’animal qui l’a tracée, est un Omû selon notre éclaireuse et nous sommes derrière lui, donc à l’abri à condition de ne pas le fâcher si nous le rattrapons. De plus, c’est un jeune selon Meritahé, subséquemment moins agressif et dangereux. Nous n’aurons pas le plaisir de le voir mais Meritahé nous le décrit comme un cloporte titanesque avec de nombreux yeux, bleus ou rouges selon son humeur.

Dans l’après-midi, nous quittons la piste pour obliquer vers le lac au pied des montagnes qui se sont bien rapprochées. Et le soir venu nous parvenons sur une plage du lac. Non loin une superbe cascade l’alimente.

Epuisés, fourbus, lacérés, nous nous jetons à l’eau pour nous détendre avant de chercher la grotte que je subodore être derrière la cascade.

« Galgor ! Quand mange-t-on ? « 

« Meritahé Tu reconnais les lieux ? »

Après une bonne journée de marche, d’escalade et d’autre activité d’aventurier en terrain inconnu, on s’arrête devant un superbe lac avec des multitudes de cascades au fond. Rapsody pense que la grotte tant convoitée se cache derrière ces belles chutes d’eau.

Une traversée du lac s’imposera pour aller découvrir ce que s’y cache

N’étant pas un grand nageur, je préfère laisser ma place et commence à sortir mon matériel de pêche. Les poissons servi durant le festin de hier soir étaient délicieux, j’espère les cuisiner aussi bien.

J’ai également repéré quelques pistes de petit gibier en chemin, je pense poser quelques pièges dans la soirée pour la journée de demain. Si on s’enfonce dans une grotte, pas sur de pouvoir récolter facilement de la nourriture.

Je vais également préparer quelques torches pour demain matin, ça peut toujours servir, pas encore tout à fait convaincu des talents de magicien de Ladro. De plus, il est possible que des protections anti magies aient été posés. Vaut mieux prévoir !!

Hâte de connaitre le verdict de Méritahé sur ce joli endroit.

Meritahé

Après un périple au travers de contrées emplies d’une végétation luxuriante, nous arrivons au bord d’un lac dans lequel se déverse une incroyable cascade. Mes désormais camarades d’expédition décident de profiter de ce magnifique endroit pour s’octroyer une pause bien méritée.

De mon côté des sensations étranges et contradictoires m’étreignent. La beauté du lieu me subjugue et me fascine. Les eaux placides et claires du lac, les gouttes scintillantes venues de l’eau de la cascade sous les rayons du jour… Je ressens une certaine sérénité en ce lieu qui me semble étrangement familier et pourtant je ne peux m’empêcher de tressaillir par moments. Comme si quelque-chose me hantait, m’appelait… Une sensation étrange de déjà-vu? Je ne sais pas… Je ne suis pas sûre de reconnaître cet endroit et pourtant celui-ci me parle, comme si le chant de la cascade essayait de me dire quelque-chose… Mon esprit s’égare… Aurais-je trop abusé du breuvage local la nuit dernière ? Non. Cette sensation est différente. Un coup de froid me parcourt soudain. Je frissonne. C’est ça… Ce n’est pas le fruit de mon imagination. Nous sommes sur la voie de la grotte de Bethelan.

Mes camarades sont-ils prêts à reprendre la route ? Rapsody, Selmy, qu’en pensez-vous ? Peut-être devrions-nous passer la nuit ici et attendre le lever du jour pour reprendre notre route ?

L’entrée de la grotte

Il est clair que notre expédition doit prendre fin ici, ce soir. Nous sommes tous fatigués, et nous ne connaissons pas la profondeur de cette cavité.

Après avoir fait le tour du lac, il apparait que seuls des animaux de petites tailles s’abreuvent habituellement en ce lieu ; il est vrai que son accès en loin d’être aisé. Reste plus qu’à vérifier qu’aucune créature ne vit au fond de ces eaux cristallines.

Vu que ma dernière baignade m’a valu 2 jours de fièvre, je m’abstiens de tout contact avec ce plan d’eau pourtant si engageant.

Pour éviter de refaire le tour du lac, je décide d’explorer un peu les abords de la cascade. Peut-être peut-on imaginer l’éventualité de se frayer un passage sans trop se mouiller. La végétation est assez dense, mais même si ma progression est lente, elle reste possible. Elle l’est pour moi. Je doute que nos amis plus courts sur pattes soient de mon avis.

Je ne suis plus qu’à quelques centimètres du mur d’eau, et je peux vous confirmer que mon intuition était bonne : à une certaine époque, (avant que la terre ne bouge,) un sentier devait conduire derrière la cascade. Deux choix s’offrent maintenant à moi, soit je fais demi-tour, soit je saute au travers la chute d’eau pour atterrir sur le chemin que je devine en contrebas.

En moins de 2 secondes, je disparais de la vue de mes compagnons.

Derrière la cascade, la rive est presque un mètre plus haute que le niveau du lac, ce qui empêche l’eau de pénétrer de ce côté-ci. Depuis l’extérieure, l’entrée de la grotte semblait assez étroite. En fait, elle forme une sorte d’entonnoir. Ce n’est pas une grotte, c’est clairement un tunnel. L’obscurité est totale au-delà de vingt mètres.

Ce qui est encourageant, c’est que ça ne sent pas mauvais. Mais la qualité de mes sens reste approximative. Aucune trace visible. Si quelqu’un est venu ici, cela remonte à plusieurs mois.

Bon, il est temps que je ressorte. Mes compagnons vont s’inquiéter. Et ben non, en fait, tout le monde s’en fout. Ils n’ont même pas dû voir que j’avais traversé.

De ce côté, l’accès est tout aussi humide, mais moins contraignant. C’est par ici que nous passerons demain. Alors que je m’apprête à héler les joyeux campeurs affairés à quelques dizaines de mètres de moi, mon pied gauche vient taper contre un objet dont la nature tranche avec son environnement. Je ne suis pas spécialiste en bijoux, mais il me semble que les médaillons en argent ne poussent pas dans les massifs de Rodgersias.

J’examine ce collier sur le trajet du retour vers le campement. Les mailles de la chaine sont assez volumineuses. Ce doit être une parure d’homme. Le médaillon n’est pas tout à fait rond, il est finement sculpté : d’un côté la tête d’une femme que je ne reconnais pas, et de l’autre, je crois y deviner un ogopogo.

Fier de ma trouvaille, mais trempé jusqu’aux os, je m’approche de mes camarades. L’eau est fraiche mais généreuse. Quelqu’un a-t-il déjà vu un tel objet ?

Pendant qu’ils examinent le bijou, je m’approche du feu pour me réchauffer. Je prends le premier quart si ça ne vous gêne pas. Le temps que mes habits sèchent.

La nuit tombe lentement.